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mercredi 26 avril 2017

DELTA DE L’AUDE (4) / Les îles de la Narbonnaise.

  

Un autorail rouge et crème s’en va dans le petit matin blême. Ambiance enfumée d’un temps où la clope tue en toute impunité. Presque tous ont un abonnement de travail (merci la SNCF), et des habitudes. L’encre pas encore sèche de l’Indépendant ou de la Marseillaise noircit les doigts. D’autres forment une table à quatre pour une belote bruyante. Moi je retrouve Alain qui enseigne, toujours dans les P.O. où il a "fait" l’École Normale. Malgré nos discussions, les instantanés des lagunes, des îles, viennent forcément meubler nos silences. En attendant d’en savoir davantage, un jour, sur cette langue de terre avec le canal et le rail entre des étangs qui, sans cela, ne feraient peut-être qu’un, nous sommes si habitués qu’il faut se pincer pour admettre le caractère admirable de ces paysages dont nous semblons blasés. 


Avec le Paris-Port-Bou, toute cette beauté vous saute aux yeux. Jamais aussi bien perçue que dans les yeux des voyageurs du train de nuit. "Le train de nuit, c'est Paris à une heure de Perpignan : une demi-heure pour s'endormir, une demi-heure pour se réveiller" (1). La surprise donne à tous cet air émerveillé des enfants à Noël : la lumière toute méditerranéenne, magie de toutes ces nuances encore mêlées de bleus, de gris, de verts, le ciel, les étangs, le canal, les pins émergeant peu à peu de la nuit sous un soleil encore froid comme un œuf clair mais qui n’a plus rien à voir avec celui d’Austerlitz. 
    

Depuis sept millénaires, sur près de 250 km2 (2), le delta de l’Aude occupe à peu près la surface qui est la sienne  aujourd’hui. Le littoral abordé par les Romains ressemble beaucoup à celui que nous connaissons. Le maintien artificiel du bras méridional de l’Aude (barrage ou digue seulement à Sallèles ?) (3) ne permettait déjà plus d’atteindre Narbo Martius et les marchandises passaient des navires de haute mer sur des barges à fond plat, à hauteur des îles de Sainte-Lucie et de l’Aute. La Clape a longtemps gardé son insularité ; appelée « Île du Lec », elle se trouvait en effet séparée du fossé comblé de Narbonne par un étang salin qui s’est maintenu jusqu’au XVIIIe siècle (4).     

(1) train supprimé en décembre 2016...
(2) plus marqué, le delta de l’Ebre s’avance sur 320 km2 tandis que celui du Rhône avec une Camargue plurielle (la Petite et la Grande) s’étend sur 1500 km2.
(3) «... Gaston Galtier (La côte sableuse du Golfe du Lion [Bulletins de la Société languedocienne de Géographie - année 1958] pense que le bras oriental, plus court et présentant une pente plus forte, écoulait la majeure partie des eaux et que les Romains ont barré ce bras oriental à Sallèles pour augmenter le tirant d'eaux du bras méridional et le rendre plus propice à la navigation, ce qui paraît plausible en raison de l'importance du port de Narbonne.../... à la suite de l'inondation de 1316, l'Aude a emporté le "barrage" de Sallèles et repris son cours primitif dans le bras oriental... /... les efforts déployés, après la rupture du barrage, pour maintenir le cours de l’Aude vesr Narbonne se sont révélés vains. Depuis le milieu du XIVe siècle et jusqu'à la fin du Moyen-Âge, l'Aude n'arrose qu'irrégulièrement la ville. Une nouvelle robine doit être établie à Moussoulens en 1468.../... Ces efforts restent vains ; le 3 octobre 1531, l'Aude change définitivement son cours et quitte Narbonne.../... La situation des embouchures de l'Aude ne sera stabilisée qu'au début du XIXe siècle : la Robine a été canalisée de Moussoulens à la mer, la branche nord sera à son tour canalisée en Brumaire an VIII...» (22 oct- 21 nov 1799).
Source Vilatges al pais, Canton de Coursan (2005 / Francis Poudou et habitants) 
(4) Etang Salin sur les communes de Vinassan et Narbonne, restes du lacus Rubressus, desséché en 1585 grâce au canal Ste Marie. La mention des salines de Coursan apparaît en 844. Estang salin ou marais de la Clape 1680. Le canal de l’étang-Salin ou de Ste marie prend à Coursan le trop-plein de la rivière Aude, arrose les basses plaines de Coursan (A l’estang 1768), Armissan (Tot lo lonc de l’Estanh 1537), Narbonne et se jette dans l’étang de Campignol au roc de Conilhac. 
https://dedieujeanfrancois.blogspot.com/search?q=Coursan

 
Crédit photos commons wikimedia : 
1. autorail quittant Calvi auteur Didier Duforest
2. Étang_de_l'Ayrolle,_Gruissan Auteur Christian Ferrer / cliché pris vers l'ouest depuis l'île Saint-Martin / La voie ferrée et le canal séparent l'Ayrolle de l'étang de Bages-et-de-Sigean. 
4. Étang de Bages et de Sigean  depuis Sainte-Lucie Author Christian Ferrer / photo prise vers le sud : on distingue la petite île de la Nadière ainsi que les silos et les cuves à hydrocarbures de Port-la-Nouvelle. 

Photo de nos impôts : 
3. Ile de l'Aute vue aérienne Conservatoire du Littoral

mardi 25 avril 2017

LES OUTRE-MER & LA PRÉSIDENTIELLE 2017

LES OUTRE-MER & LA PRÉSIDENTIELLE
(sources la 1ere.francetvinfo et AFP / en % des exprimés)

A. Top 5 de ceux qui ont le plus voté Macron
3. Wallis-et-Futuna 30,5
5. Guadeloupe 30,2

B. Top6 de ceux qui ont le moins voté Macron
1. Nlle Calédonie 12,7
2. Polynésie 14,7
6. St-Pierre-et-Miquelon 18
 C. Top 4 de ceux qui ont le plus voté Le Pen
4. Polynésie 32,5

 


D. Top 7 de ceux qui ont le moins voté Le Pen
2. Wallis 7,1
4. Martinique 10,9
7. Guadeloupe 13,5

E. Top 7 de ceux qui ont le plus voté Fillon
 1. Polynésie 35,3
 2. Mayotte 32,6
 3. Saint-Barthélemy et Saint-Martin 32
 4. Nouvelle Calédonie 31,1
 7. Wallis et Futuna 28,5

F. Top 7 de ceux qui ont le moins voté Fillon
 1. Saint-Pierre et Miquelon 9,9
 3. Seine-Saint-Denis 12,7
 4. Pas-de-Calais 14,3
 6. Guadeloupe 14,5
 7. Guyane 14,6

G. Top 7 de ceux qui ont le plus voté Mélenchon
 1. Saint-Pierre et Miquelon 35,4
 3. Martinique 27,4
 5. Guyane  24,7
 7. La Réunion 24,5
 8. Guadeloupe 24,1

H. Top 9 de ceux qui ont le moins voté Mélenchon
 1. Wallis et Futuna 3,6
 2. Polynésie 7,9
 3. Mayotte 8,4
 4. Nouvelle Calédonie 8,9
 9. Saint-Barthélemy et Saint-Martin 14,7

J. Top 10 des abstentionnistes
1. Saint-Barthélemy et Saint-Martin 67,7
2. Guyane  65,3
3. Polynésie française 61,1
4. Martinique 60,1
5. Guadeloupe 60
6. Mayotte 56,4
7. Nouvelle Calédonie 51,8
8. Saint-Pierre et Miquelon 45,1
9. La Réunion  41,3
10. Wallis et Futuna 36,1




mercredi 19 avril 2017

LE MONDE NE DEVRAIT ÊTRE QUE CHANSON ET MUSIQUE... (7) / ratés existentiels



« Le Français aux cheveux longs qui venait le soir », c’est bien lui qui descend sur le tarmac même si les tempes ont blanchi, toujours aussi léger malgré les kilos en trop et surtout les préventions de celui qui en a plus derrière lui que devant. Dans le gros bus qui mène les passagers au sein de l’aérogare, les jeunes à côté parlent tchèque. Lui se retient du bonheur de l’échange à venir, des quelques mots qu’il veut sortir « Mluvíte česky. Odkud jste ?  Zůstanete v Kenyi ? » Un garçon daigne lui répondre, neutre, froid, poli seulement, qu’ils sont de Prague, qu’ils vont en Tanzanie pour les animaux... Pour les autres, un instant silencieux, il reste transparent. Parmi eux, une fille, asiatique, sûrement de cette immigration vietnamienne du temps de la Československá Socialistická Republika, d’une fraternité encore plus théorique à présent, de plus en plus minée par des fractures irréductibles. 



Il en faut si peu pour replonger dans le pessimisme... On aimerait reporter sur la jeunesse tant d’espoirs en attente... et cette jeunesse que la cupidité mondialiste a déjà déshéritée, semble ne pas vouloir accepter le témoin humaniste balayé, réduit au silence, mis à sac par des fonds spéculatifs aussi avides que criminels. Comment, du plus profond de notre lâcheté majoritaire laissant faire cette infime minorité prédatrice, disant à peine du bout des lèvres, ne pas espérer en un Homme nouveau qui viendrait aider sa Terre à régénérer sous peine de ne plus pouvoir s'en nourrir ?.. Drastique ! A partir du 9 août 2016, jour du « dépassement », nous avons entamé le capital non renouvelable d’une Planète Bleue plus poubelle que maison... Dans dix ans le réchauffement climatique deviendra irréversible, alors les jeunes ils ont bien raison d’ignorer sa présence crasse... Et il peut s’estimer heureux de ne pas prendre par la gueule tout le mépris qu’il mérite !
 
Salles de transit de l’aéroport. Beaucoup de monde pour des heures, souvent, de patience. Somaliennes ou Soudanaises sinon Tanzaniennes, voilées mais pleines d’allant, ne cachant en rien le visage, libres en apparence de tout machisme, de ce que la religion peut garder d'oppression.  Britanniques aux tenues très « safari ». Chinois en nombre, dont quelques femmes cette fois. Peu de couples, très peu d’enfants. Beaucoup d’hommes seuls, certains parlent de business, se limiterait-il à des achats en gros à Dubaï, principale plate-forme commerciale du Sud-Ouest de l’Indien. 


Il se remet de la baffe de tout à l’heure, avec ces jeunes, ronronnant comme si de rien n’était ses petites amourettes. Ainsi, Maiité (Maria-Theresa), la petite vendangeuse, revient parcourir son présent. Les images du film deviennent de plus en plus nettes avec ce prénom qui vient habiter ce jour de congé fortuit, en pleines vendanges, après les fortes pluies de la veille et la difficulté à entrer dans les vignes. De savoir qu’il ne pourrait même pas espérer sa présence lors de cette toilette du soir, sur la monture qui le ramène dans sa fragilité d’ado attardé, façon Grand Meaulnes, il refait ce grand tour par les villages du voisinage. Sous les platanes de la gentille départementale, avec le fleuve aux eaux limoneuses, près des tamaris, des prés de l’ancien lit serpentant dans la plaine, avec les souches lourdes de fruits et de promesses, à l’ombre des figues qui font la goutte, elle est partout... Et aux moulins ruinés dans les pins des collines, manquaient, sans qu’il le sache, les voiles dans l’horizon de Don Quijote... Embourbé dans le marécage d’un raccourci qui rallonge, il s’est pris pour un chevalier servant. Plaisir de l’illusion, d’un monde double, imaginaire que lui seul saurait voir et auquel il s’accroche pourtant... illusion d’un plaisir, d’une douleur aussi, seulement mélancolie peut-être... Refrain en boucle «... les fleurs de mandarine... entre quatorze et seize ans... ignorent parfois qu’on les aime déjà...»

https://www.youtube.com/watch?v=nlWnxoEqcJI / Michel Fugain

 Tête qui tourne, Tour des villages, tours de roues, tour que prennent les choses... La bicyclette a tant de ce qu’est la vie : pédales, roue qui tournent, cette allure tranquille, ce calme propice aux pensées ruminées, et cet équilibre aussi miraculeux que le fil de la vie, à peine perçu à l’instant où une main paternelle lâche un petit garçon sur un vélo comme sur une ligne de vie... avec toujours l’idée d’horizon pour un chemin qui finalement tourne peut-être en rond vers son point de départ... Tête qui tourne «... Tu fais tourner de ton "ombre" / Tous les moulins de "son" coeur...» (1).

https://www.youtube.com/watch?v=UANLvlQKYcI Michel Legrand / les moulins de mon coeur.

Cette ombre si pressante, présente, est celle de la Maiité d’aujourd’hui ! Et lui de s’emporter, de s’épancher dépassé par une passion d’un autre âge, sans crainte aucune du ridicule, vilain Cyrano qui voudrait sa Roxane, parlant trop, parlant faux... Ce qui fut ne saurait être et l’eau vive du ruisseau croupit peut-être pour celui qui n’accepte pas qu’elle tarisse !
 


Endormie contre son dossier,  le voile mystérieux des comptoirs swahilis. A deux sièges de lui, une autre femme donnant je ne sais quoi à une troisième qui répond « Merci ma sœur ». Puis une quatrième devant qui se tourne. Elles parlent français. Elles doivent se connaître. Une "sorosité" (2) touchante. Cherchant en vain où sa langue se parle sur ce flanc oriental de l’Afrique, il s’interroge : elles n’ont pas plus les traits comoriens que le type malgache. Et celle qui se tourne présente des paniers gigognes avec un maki décorant le plus grand. Un maki pourtant ne peut venir que de la Grande Île ou des Comores où l’homme l’aurait apporté !.. Pour ne pas croupir plus longtemps, au-delà de ses fantaisies existentielles, dans cette géographie inconnue, lui qui de sa vie jamais ne fut hardi avec les filles, coupe, sabre au clair, s’empare du panier, dit qu’il est joli, demande si c’est dérangeant, pour un homme, d’aller ainsi au marché... Elles sont un peu attrapées mais sourient, très africaines trop indulgentes, trop fatalistes souvent, n’affrontant pas, à l’exemple des occidentales, mais laissant à l’homme le choix ou non de son implication machiste... A l’homme de savoir convaincre de la complémentarité plutôt que d’imposer une virilité surfaite. Elles sont Congolaises, de Kinshasa, commerçante pour le sourire discret atterri de Dubaï, biologiste médicale pour celui, si ouvert et exposé de la femme au panier arrivée d’Antananarivo...    

(1) "ton ombre" pour « Ton nom » sous la plume d’Eddy Marnay, le parolier, sauf qu’avec l’accent hégémonique de France « ton ombre » se prononce de la même façon que « ton nom » tant la syllabe finale se délite. 
(2) ne cherchez pas dans le dictionnaire, mais d’être contre, tout contre les femmes me fait trouver frustrante cette fraternité universelle trop mâle. Dans le dico, par contre, il y a "sorose", ne venant pas du latin « soror » (soeur) mais du grec « soros » (amas) en parlant d’un fruit tel que celui du mûrier, formé de carpelles charnus.  

crédit photo : 2 Girafe & Skyline / Nairobi-Park Author Mkimemia.

UN COPAIN, UN FRÈRE ! / Je me souviens...


Toujours gentil, liant, même sans exubérance, il avait été poussé à prendre la présidence d’un comité de locataires assez naïfs pour croire que les lois de la métropole devaient s’appliquer de la même manière à Mayotte pour contrer le bailleur institutionnel, omniprésent, la SIM (le livret d’accueil des enseignants se gardait bien d’évoquer la possibilité pour les fonctionnaires de louer chez l’habitant). 

Un an après, se retrouvant seul dans une grande maison, il avait demandé si la troisième chambre de ma case était libre. J’avais dit oui tout de suite, sûr qu’il rejoindrait sans problème un groupe où l’esprit d’équipe était requis dès l’adhésion... quand bien même le troisième, pourtant natif des îles, d’une diaspora de l’Océan Indien occidental, devait se désolidariser, pour de mauvaises raisons, après pourtant plusieurs mois de cohabitation. 
 

Si chacun de nous, en dehors du travail, menait sa propre vie, une fois sur deux nos loisirs coïncidaient. C’est lui qui me présenta à ses collègues mahorais, si demandeurs, si disposés à partager ce qu’étaient la réalité, le passé, les traditions, les cultures de Mayotte. Souvent, nous nous retrouvions invités à partager un voulé (feu de camp) avec des brochettes ou du poisson grillé sinon du gibier (tanrec) accompagnés de manioc, de bananes ou de fruit à pain directement cuit dans la braise. La bouteille de l’amitié suffisait. 


Une fois, sous le taud de sa Rodéo orange, nous avons  ramené deux jeunes femmes au village. A bon port, elles ont aussitôt vu que le goyavier leur faisait signe. JF était réservé et n’avait pas voulu me rejoindre sous l’arbre où elles avaient grimpé; quel beau, quel joli tableau, comme avec les cerises ou les amandes de Brassens «... des écureuils en jupons... la récolte était perdue... » Avec peut-être, en échange, les baisers de leurs jolies bouches gourmandes... 
 

Souvent, sous la varangue, avec Georges et René, nous menions des parties enragées de tarot où son enthousiasme peu mesuré et ses déculottées piquaient un instant son amour-propre. 


Il me parlait de la maison construite de ses mains à Nice, de ses cousins et du lien familial encore fort avec l’Alsace (Lièpvre si mon goût pour la géographie ne me trahit pas). Et puis il a redécollé pour les Alpes Maritimes sans laisser ici le souvenir d’un engagement politique dont il ne se vantait pas. Avec le recul je dirais que comme aux cartes, il fonçait mais là, plus sérieusement pour porter plus loin le progrès avec ses valeurs d’humanité, toujours contre la corruption et les affaires puantes pourtant aux gouvernes !  

A Nice, devenu conseiller général socialiste, et peut-être à la municipalité, il a mené la vie dure au maire, Peyrat, transfuge frontiste, qui, empêché dans ses magouilles n’avait su que lui répondre « Vous êtes un pauvre type ! (1)». 

Dans un registre plus positif, il a mené la lutte contre la corruption avec Anticor. Il s’est engagé, entre autres combats qui l’honorent, pour des enfants du Bénin et du Mali (2) qui lui rappelaient sûrement, de sa parenthèse outremer de deux ans, les petits de Mayotte, trop nombreux dans la pauvreté encore pour ne pas accepter, faute d’égalité réelle, la solidarité associative.

Il s’appelait Jean-François comme moi, mais porteur du célèbre acronyme JFK. Son coeur l’a lâché le 18 avril 2007, à l’âge de 49 ans. Le connaissant, avec lui c’est un grand flux d’amour qui s’est brisé, pour ses six enfants, sa compagne, tous les siens, les petits écoliers d’Afrique et tous ses semblables... Par-dessus une mêlée politique souvent peu ragoûtante, une petite voix pourtant, persiste, dix ans après, à porter le souvenir de
Jean-François Knecht

Allez lire les articles liés ci-dessous et surtout voir sa dernière vidéo de janvier 2007 ! Deux écoles, l’une à Nice, l’autre au Mali, portent son nom. 
Montrez sa tête au peuple, elle en vaut la peine !
 
Et puis c’était mon copain parce que souvent, la pudeur empêche de dire « frère » pour une promiscuité  altruiste de huit mois, dans une complicité respectueuse, sous le même toit.

(1) formule trop répétée pour porter (par Roger Holeindre, notamment, vassal zélé de J.M.Le Pen.
(2) Même si Vauzelle en bon socialo refusa les 18 000 € de subvention.

https://blogs.mediapart.fr/jean-christophe-picard/blog/170416/nice-jean-francois-knecht-manque-toujours-autant-nice
http://www.prg06.fr/spip.php?article132
http://www.prg06.fr/spip.php?article523
http://www.prg06.fr/spip.php?article619
http://www.prg06.fr/spip.php?article759
http://www.prg06.fr/spip.php?article924
http://www.prg06.fr/spip.php?article1074
https://blogs.mediapart.fr/jean-christophe-picard/blog/180414/nice-sept-ans-apres
https://blogs.mediapart.fr/jean-christophe-picard/blog/180415/nice-toujours-jfk

les photos, partie de pêche et carnaval, sont de 1996

mardi 18 avril 2017

UNE SAINT LOUP BIEN ARROSÉE ! / Fleury en Languedoc


Lundi de Pâques. Si à Coursan on fait « Pâquette(s) », à Fleury, comme dans bien d’autres localités de l’Aude, on fête Saint Loup. L’occasion de faire un grand pique-nique avec l’omelette ou les œufs de Pâques à l’honneur. Les familles, les groupes de jeunes s’égaient dans la garrigue, les prés, la plage ou les pins au bout de la barre de Périmont.

Saint-Pierre a tant changé depuis ces années 60. Au bout de l’échine pelée de Périmont il ne reste que quelques pins. La garrigue à kermès s’est couverte de maisons (on disait « villas » du temps où le mot marquait une certaine fortune) et de résidences. Le transformateur au bout n’existe plus. Il pointait au-dessus d’une grotte donnant, plus bas, sur une grande salle souterraine et un lac en miroir. Le courant servait à pomper l’eau que des prophètes doublés de techniciens promettaient depuis longtemps aux estivants de Saint-Pierre-la-Mer.
 

Cette fois, les copains sont venus, Georges de Narbonne, Antoine d’Ouveillan. Quant à Joël, il devait être auprès des siens, chez ses grands-parents, à Trouillas (j’ai pensé à lui, un peu troublé, avant hier, parce qu’une émission sur les amandes nous a montré un chocolatier de renom, apprenti pâtissier parce qu’il ne faisait rien à l’école, et qui replante des amandiers, si ému de la portée de son geste (1)).
 


Qu’est-ce qu’on a bien pu manger ? Je crois bien que l’amitié, le plaisir d’être ensemble ont constitué l’essentiel du menu. Le ciel est bien dégagé. C’est une belle journée, ensoleillée malgré un Cers un peu frais. Le printemps certes, mais pas un temps à se baigner. La plage est toute encombrée de ces bois flottés que l’Aude a charriés. Et concernant des jeunes qui spontanément, déconnent, qui a eu l’idée de génie ? Ce qui est sûr est que l’enthousiasme a été général ! Dans une vitalité tout à fait à l’opposé du tableau offert par les morts-vivants des rescapés de la Méduse, un radeau est assemblé : une corde, quelques mailles d’un filet déchiré, un bidon en fer à l’origine plein d’huile d’olive, un baril, un tonneau à fourrer sous une structure que les flots ont échoué, providence de robinsons, sur le sable. Mise à l’eau. Recherche d’une fragile stabilité à l’aide de perches tordues. Deux naufragés partent chercher du secours ; le troisième, resté sur la grève, agite les bras. Au début, des salutations, des encouragements puis les cris disent bien qu’il faut revenir, que le vent emporte l’esquif vers le large alors que les deux navigateurs rient à qui mieux mieux quand l’équilibre menace de les envoyer à l’eau. Bien obligés pourtant, de quitter le navire ! Antoine sans plus hésiter une fois le danger compris, Georges, plus cabochard après avoir néanmoins essayé de faire demi-tour, en jouant de sa partègue.
Déjà nos fiers marins n’avaient plus pied ! Eux partis fringants pour des courses lointaines s’en retournent rigolards de ce slip kangourou pur coton mais pendouillant, trempé, jusqu’aux genoux et qu’il faut retenir d’une main ! Et pour finir la journée à s’en taper le ventre, mes deux lascars m’envoyèrent aussi à la baille ! Nous nous sommes séchés en regardant le radeau jouer à cache-cache avant de disparaître dans le bleu foncé du Golfe du Lion. 
Merci Saint-Loup, saint patron des franches rigolades.             

(1) "Les amandes d'ici ont, en effet, une saveur incomparable pour le professionnel, mais leur approvisionnement reste complexe tant la production est minime et la filière peu ou pas organisée. Pour le chocolatier, "on n'a jamais trouvé une amande espagnole ou californienne du niveau de la française". Pour ses recettes, il recherche "un goût parfaitement stable" et c'est une variété spécifique qui le lui donne. Il s'agit de la Feragnès, réputée pour sa grosse amande au goût fin et sucré... /...
... Faire l'acquisition de culture d'amandiers est un acte militant, "un engagement indispensable à l'heure où cette filière à tendance à disparaître de France"... 
http://www.lindependant.fr/2014/08/06/des-amandiers-a-croquer-pour-le-chocolatier-patrick-roger,1915330.php 


mardi 11 avril 2017

DAUDET : ODE AU DELTA... (3) / Lettres de mon Moulin


Dans les Lettres de mon Moulin, Alphonse Daudet a su aussi mêler l’avancée grandiose du delta au tragique des destinées humaines. A Mirèio, à Magali, il associe l’Arlésienne, celle qu’on ne voit jamais alors que tout tourne autour du malheur qu’elle cause.
Daudet a sûrement eu le tort de joindre cette nouvelle à ses Lettres. 


Aux marges de la Crau, dans un mas aux micoucouliers, vit Jan, le fils de maître Estève.

«... Il s’appelait Jan. C’était un admirable paysan de vingt ans, sage comme une fille, solide et le visage ouvert. Comme il était très beau, les femmes le regardaient ; mais lui n’en avait qu’une en tête, ~ une petite Arlésienne, toute en velours et en dentelles, qu'il avait rencontrée sur la Lice d'Arles, une fois. ~ Au mas, on ne vit pas d’abord cette liaison avec plaisir. la fille passait pour coquette, et ses parents n’étaient pas du pays. Mais Jan voulait son Arlésienne à toute force; il disait :
~ Je mourrai si on ne me la donne pas. »

 


Hélas, le jour même où on officialise sa liaison, un homme demande à voir maître Estève, seul à seul. Le soir venu, le père se doit de dévoiler à Jan ce qu’il lui a appris :
«  ~  Femme, dit le ménager, en lui amenant son fils, embrasse-le ! il est malheureux... »   

Daudet a eu tort de joindre cette nouvelle à ses Lettres : elle s’inspire directement de la triste fin d’un neveu de Mistral et c’est Mistral lui même qui s’en est confié. La publication d'une intimité à ne pas mettre au grand jour pèse certainement dans le froid à venir entre les deux hommes...

Arles est à l’entrée du delta, sur le bras principal du fleuve alors que le Petit Rhône, lui, en amont de la ville, est déjà parti divaguer vers l’ouest, vers Saint-Gilles. Dans sa "lettre" « En Camargue », Alphonse Daudet nous livre quelques impressions liées au delta d’un temps où le vapeur assurait le service dès le matin :

«... Avec la triple vitesse du Rhône, de l’hélice, du mistral, les deux rivages se déroulent. d’un côté c’est la Crau, une plaine aride, pierreuse. de l’autre, la Camargue, plus verte, qui prolonge jusqu’à la mer son herbe courte et ses marais pleins de roseaux... /...
Les terres cultivées dépassées, nous voici en pleine Camargue sauvage. À perte de vue, parmi les pâturages, des marais, des roubines, luisent dans les salicornes. Des bouquets de tamaris et de roseaux font des îlots comme sur un mer calme. pas d'arbres hauts. L'aspect uni, immense, de la plaine, n'est pas troublé... /... Comme de la mer unie malgré ses vagues, il se dégage de cette plaine un sentiment de solitude, d'immensité, accru encore par le mistral qui souffle sans relâche, sans obstacle, et qui, de son haleine puissante, semble aplanir, agrandir le paysage. Tout se courbe devant lui. les moindres arbustes gardent l'empreinte de son passage, en restent tordus, couchés vers le sud dans l'attitude d'une fuite perpétuelle... »


Et sur le Vaccarès, l’étang le plus grand et le plus emblématique de la Camargue :

«... le Vaccarès, sur son rivage un peu haut, tout vert d’herbe fine, veloutée, étale une flore originale et charmante : des centaurées, des trèfles d’eau, des gentianes, et ces jolies saladelles bleues en hiver, rouges en été, qui transforment leur couleur au changement d’atmosphère, et dans une floraison ininterrompue marquent les saisons de leurs tons divers... »  


Va pour les centaurées, les gentianes maritimes mais pour les saladelles, monsieur Daudet, vos détails ne peuvent que laisser interdit un natif du delta (serait-ce celui de l’Aude) : même pour la variante audoise de la saladelle (limonium narbonense) la couleur varie du bleu au mauve pour une floraison en fin d’été ! Alors seuls des Parisiens peuvent se pâmer en imaginant des saladelles rouges, en été qui plus est ! 
 

S’il s’agit peut-être d’une confusion avec les salicornes qui rougissent mais en hiver, ce qui est sûr est qu’Alphonse Daudet, aspiré par la capitale (nous parlions de Pergaud, dernièrement, monté lui aussi à Paris), ne peut éviter l’écueil du détail inexact !
S’il a su parler néanmoins de Nîmes, de la Provence rhôdanienne, parce qu’il y a passé les neuf premières années de sa vie (et peut-être trois ans comme répétiteur au collège d’Alès après la ruine de son père alors que la famille était installée à Lyon), il n’est plus du Midi... les dernières lignes des Lettres de mon Moulin en attestent :

«... Et moi, couché dans l’herbe, malade de nostalgie, je crois voir, au bruit du tambour qui s’éloigne, tout mon Paris défiler entre les pins...
Ah ! Paris... Paris !... Toujours Paris ! »


Si l’erreur est humaine, perseverare diabolicum se doit-on d’ajouter même si, pour tout ce qu’il a su offrir de beau, notamment dans ces Lettres de mon Moulin, on ne peut que pardonner. Merci, monsieur Daudet ! 

crédit photos commons wikimedia
1. Alphonse Daudet. 
2. ferme à Arles. Paul Gauguin 1888. 
3. étang du Vaccarès attribution ShareAlike 3.0

dimanche 9 avril 2017

Louis PERGAUD, égalitairement mort pour la France... (fin) / Compatir à un destin, "partager" le voyage...



Pourquoi « égalitairement » ? parce que chaque homme est une Histoire universelle (J. Michelet) et si certains gradés cultivés craignaient pour la vie de l’écrivain, sa promotion empoisonnée au grade de sous-lieutenant l’a amené à foncer, armé d’une canne et d’un revolver sans balles, pour un con nommé B. de M. qui voulait sa troisième étoile (ah ces nobles restés les aristocrates d'une armée pourtant républicaine, persistant à envoyer la piétaille sous la mitraille !). Nous connaissons la suite et ce qu'il en est encore lorsque la vie politique n'est que manipulation et que la  démocratie est pour le moins dévoyée...


Fin des lettres de guerre (22 mars - 6 avril 1915).

A Delphine, mardi 23 mars 1915. Tu vas recevoir sous peu.../... un souvenir de la guerre.../... c’est une bague fabriquée par le maréchal-ferrant.../... avec la fusée en aluminium des obus allemands.../... La fusée devait être en cuivre mais ces pauvres Boches n’ayant plus assez de ce précieux métal se servent d’aluminium et c’est extrêmement amusant, car comme on ne redoute guère leurs marmites de 77, les Poilus guettent l’arrivée de l’obus pour se précipiter sur la fusée encore toute chaude et s’en servir pour faire ce genre de bijouterie... /... Ce matin tu ne devineras pas où je suis allé... à la messe.../... je n’ai pas trouvé ridicule d’honorer nos morts même de cette façon...

A Delphine, mardi 30 mars 1915... /... tant qu’il y a eu du danger je n’ai pas voulu t’en parler... /... résultat néant, sept-cents Poilus hors de combat... ça été une opération ridicule d’autant que la position n’offre aucun intérêt stratégique et qu’il est impossible de s’y maintenir.../... les Boches furent très corrects, ils se levèrent au-dessus du parapet et l’on se regarda de part et d’autre... /... il arriva près du blessé, à six mètres des Allemands, qu’il salua militairement, comme au grand siècle, puis ramassa son blessé et pendant que les brancardiers l’emportaient, il re-salua encore, comme la première fois, les ennemis qui lui rendirent son salut. Il rentra dans nos lignes ; les têtes disparurent derrière les parapets, le silence régna de nouveau et plus un coup de fusil ne fut tiré de la journée. Maintenant tout est calme, les mitrailleuse ne tirent pas, on n’entend plus le sifflement des balles, c’est l’ancienne vie qui reprend.

A Delphine, jeudi 1er avril 1915. Que tes lettres me sont douces à lire, si débordantes de vraie tendresse, de bon amour et comme je suis heureux de les savourer, de les lire et de les relire ; je suis avec toi, je vois ta main qui court sur le papier, tes yeux qui suivent les mots.../... Aujourd’hui il fait un temps magnifique mais il faut que je t’écrive avant toute chose : j’ai plus de plaisir à vivre ainsi en pensée avec toi qu’à courir les routes, fût-ce par les plus beaux soleils. 

 

A la même vendredi 2 avril 1915. Après le déjeuner la fantaisie nous a pris de profiter du beau soleil pour aller faire un petit tour dans les champs. J’ai eu soin de prendre de quoi écrire et.../... c'est couché à plat ventre, sur la terre presque sèche que je t’envoie ce mot. Ah notre beau printemps de là-bas, ma chérie, t’en souviens-tu ? Comme nous étions heureux !.. /... Peut-être qu’en juillet tout sera fini.../... Comme j’ai encore un petit moment avant le départ du cycliste, j’en profite pour venir t’embrasser un gros coup avant la nuit. Il fait beau et je t’imagine en peignoir dans le jardin baigné de soleil, devant la porte, en train de semer des salades ou des petits choux.


A Edmond R. samedi 3 avril 1915. Enfin nous revoyons le soleil.../ ... les alouettes chantent éperdument, se foutent des 77 et des 150 autant que du premier duvet qui leur ombragea le croupion. Par de tels matins on se sent renaître .../... n’étaient les cadavres des nôtres qui jalonnent le trajet entre nos tranchées et celles des Boches, prises et reperdues, on ne croirait pas, on ne penserait pas que c’est la guerre. 

A Delphine samedi 3 avril 1915... /... Peut-être enfin reverrons nous les champs reverdir et les fleurs pousser.../... je les ai laissées là-bas (les violettes) car dans ce malheureux pays, il n’est pas un coin qui ne soit vingt fois par jour compissé ou même davantage, par les Poilus qui s’y terrent.
A la même dimanche 4 avril .../... c’est aujourd’hui Pâques et nous avons fêté la résurrection de Jésus en vrais chrétiens, c’est à dire, en mangeant bien et en buvant sec.
A la même lundi 5 avril 1915... /... depuis hier nous ne sommes plus en première ligne et nos chances d’écoper sont de beaucoup réduites...
A la même mardi 6 avril 1915 .../... Je suis monté sur les collines qui dominent le pays pour assister à la canonnade toute proche.../... Après avoir été acteur dans le drame on peut se payer le luxe d’être spectateur. Cela offrait quelque chose de terrible et de grandiose cette ceinture de fumées à l’horizon et de trains allemands, au loin, filant à toute vitesse pour amener sur un point attaqué, du moins je le suppose, des renforts... /... j’ai trouvé des sous-officiers en train de se faire photographier ; ils m’ont invité à prendre place parmi eux et j’aurai peut-être dans quelques jours une nouvelle photo à envoyer à mon petit Cricri. Je suis au centre où tu me reconnaîtras je l’espère, entre Houdin le barbu, coiffé d’un bonnet de police et l’adjudant de la compagnie, le nouveau, Maillet, un bien gentil garçon aussi... (1)
 

A la même mercredi 7 avril 1915. J’ai reçu hier, de toi, une bien bonne lettre, toute imprégnée d’amour, toute débordante de tendresse. Merci mon bon petit, de m’écrire si longuement et de me dire des choses si douces au coeur, si réconfortantes. Je te conterai plus tard, des histoires émouvantes et terribles et de gaies aussi ; en attendant il faut s’armer de patience et de courage.../...  A demain ma chérie, je te prends dans mes bras et je t’embrasse de toute mon âme, de toutes mes forces et de tout mon cœur. 


Cette lettre est la dernière. Dans la nuit du 7 au 8 avril 1915, il prit part à une attaque tragique où il disparut...  

(1) c'est sa dernière photo certainement non libre de droits même si Bibliobs la publie et que les amis de Pergaud en ont recadré le centre à l'envers !..
https://www.google.com/search?q=photo+Louis+Pergaud&client=firefox-b&tbm=isch&tbo=u&source=univ&sa=X&ved=0ahUKEwiumcODipfTAhWMcBoKHQxgCs0Q7AkIPQ#q=photo+Louis+Pergaud&tbm=isch&tbas=0&imgrc=be5Ok70nfEzjFM: 


samedi 8 avril 2017

Louis PERGAUD, égalitairement mort pour la France... / Partager le destin, partager le voyage


Préalable. En dehors des portraits, mes photos veulent montrer la Franche-Comté de Pergaud, le pays natal qui l'a tant inspiré, que ce soit pour les hommes (il dit dans ses lettres du front que son ouvrage préféré est "La Guerre des Boutons"), que pour ses nombreux hommages à la Nature. 

 Le 6 avril 1915, Louis Pergaud, l’écrivain comtois certes monté à Paris pour réussir tombait près de Marchéville-en Woëvre. Le 8 avril il périt sous les obus français dans le bombardement de l’hôpital où les Allemands l’avaient évacué. Son corps ne fut jamais retouvé.
Dans ses lettres du front, en attendant de lire un jour ses lettres à Delphine dans une version non expurgée, une réalité terrible de la guerre. Pergaud note souvent la sympathie des artilleurs... mon grand-père Jean l’était notamment à Verdun sur le même champ de bataille... 

A écouter surtout :
http://www.litteratureaudio.org/mp3/Louis_Pergaud_-_Lettres_de_guerre_Chap08.mp3

Extraits :
A Delphine, mardi 2 mars 1915. Nous sommes retombés dans l’hiver. Il a neigé ces jours passés il fait un peu froid un peu plus froid qu’auparavant... /...

A la même mercredi 3 mars 1915. ... Il faisait un temps à ne pas mettre un Boche dehors : bourrasques de pluie et de neige, coups de vent et tout ce qui caractérise les heures troubles d’avant printemps. Malgré cela ce ne fut pas pénible, j’avais mon caoutchouc et je pouvais me foutre de la neige et du vent. La campagne ne reverdit pas vite tout de même, c’est encore gris avec des raies d’eau qui zèbrent les champs de lames d’argent. Les arbres non plus ne se pressent pas de bourgeonner mais les oiseaux commencent à revenir, il y a déjà des pinsons jolis comme des amours, quelques chardonnerets et des bandes d’alouettes et de verdiers. Enfin on commence à trouver des pissenlits et presque tous les soirs l’ordinaire s’enrichit d’une plantureuse salade dont on se pourlèche les badigoinces comme dirait feu Rabelais.../... Il serait bien absurde que les destins qui semblent me protéger avec tant de zèle ne persistent pas.../... Il ne me manque vraiment que votre présence mon cher amour. Bien souvent quand mes yeux courent le long des lignes,votre chère image vient s’interposer devant mes yeux et les mots dansent parce que le souvenir de notre bonheur passé me tourmente jusqu’au fond le plus intime de ma chair et de mon cœur...

A la même vendredi 5 mars 1915... Il faisait un temps adorable de printemps, tiède et presque parfumé.../... on flânait, on rêvait...
 

A Eugène samedi 6 mars ... le gouverneur veille avec un soin jaloux sur notre honnêteté conjugale en faisant évacuer toutes les personnes femelles susceptibles de détourner au profit de leur cul des énergies qui ne sont  dues qu’à la patrie.... /... certains Poilus maudissent ce rigorisme qui leur fait peser entre leurs jambes un sac plus encombrant que celui qu’ils ont sur le dos. Par certain canal détourné j’ai pu savoir que la plupart des hommes qui écrivent à leur épouse légitime ou non, tombent maintenant dans la lubricité la plus folle. les uns voient cela et revêtent  leurs désirs des images les plus détournées et les plus touchantes, d’autres y vont carrément. Que d’ardeurs congénitales évaporées en fumées épistolaires ! Que de coups de reins perdus pour la puériculture !  Après tout c’est légitime et je comprends ces pauvres bougres.

A Delphine, lundi 8 mars 1915. Pour changer un peu aujourd’hui il neige. Déjà dans la nuit paraît-il ça a commencé et ce matin c’était tout blanc... /... J’ai eu à mon réveil le spectacle un peu attristant d’une campagne grise et d’un ciel de suie mais j’ai pensé à toi et ça m’a mis dans le cœur le coup de soleil qui manquait à ma fenêtre.

A la même mardi 16 mars. .. / ... Aujourd’hui et hier aussi le temps s’est remis au beau, le soleil s’est montré, les routes se sont séchées. Il faisait chaud, il faisait bon et j’aurais bien voulu t’avoir à mes côtés.
A la même mardi 16 mars 1915.... Mes cheveux ont encore grisonné mais je suis toujours aussi jeune de caractère et surtout toujours aussi amoureux de ma femme bien aimée...
A la même mardi 16 mars 1915... /... Il a fait une journée délicieuse d’avant-printemps? les alouettes chantaient, des bandes de petits oiseaux passaient dans les grondements du canon et c’était bizarre et joyeux et un peu triste aussi.

A la même mercredi 17 mars 1915... /... Quelle journée délicieuse ! Et quel beau soleil il fait ! Cela nous met en joie et les Poilus aussi. Personne dans les caves et tout le monde est dehors... /... Ma bien aimée qu’il ferait bon se promener, au bras l’un de l’autre, dans quelque quartier du bois de Landresse...

A Lucien D. mars 1915... Je me battrai certes avec la même énergie qu’auparavant mais si j’ai le bonheur d’en revenir ce sera je crois plus antimilitariste encore qu’avant mon départ. C’est dans la souffrance, dans la promiscuité douloureuse que l’on découvre bien les bas-fonds de l’âme humaine avec ses recoins de crasse et d’égoïsme et j’ai pu jeter la sonde dans bien des cours. Mon Dieu il y a du bon évidemment et rien n’est désespéré mais les hauts comme les bas ont leurs saletés. Que doit être l’Allemagne militariste quel gigantesque fumier ! Quelle pourriture morale ! Allons-y jusqu’au bout et jetons bas tout cela. je crois vraiment que c’est l’œuvre de 93 que nous continuons. Dommage qu’il ne suffise pas d’avoir du cœur au ventre pour triompher.
A Marcel Martinet dimanche 21 mars... /... nous avons vécu les 18, 19 et 20 des heures inoubliables et terribles. Nous avons attaqué la tranchée boche après une insuffisante préparation d’artillerie et deux de nos compagnies se sont fait héroïquement faucher... Nous avions déjà fait sous la mitraille et les balles deux bonds en avant.../... quand l’ordre de cesser la boucherie est tombé... /... Il s’est mis à pleuvoir ; on marchait dans des mares de sang avec des éclats de cervelles... Un de mes sergents a été tué à mes côtés d’une balle en plein front.../... je n’ai rien reçu, question de veine mon vieux...
A Eugène C.  21 mars. ... /... je n’en ai pas parlé à Delphine sinon de façon très vague en lui laissant croire que je n’avais couru aucun danger alors qu’au contraire j’ai vu la mort de bien près... ici une photo.../... garde la en souvenir de moi car je ne me fais pas d’illusions, si nous réattaquons j’ai cinq chances contre une d’y laisser ma peau. 

A Delphine 21 mars... Nous avons attaqué la ligne ennemie.../... nous sommes restés sur nos positions et nous avons perdu quelques hommes... Au milieu de tout cela, ma bonne petite chérie, vos gentes lettres me parvenaient et je puisais dans votre amour toutes les forces dont j’avais besoin pour tenir jusqu’au bout...
A la même lundi 22 mars... Les hommes sont gais, il fait soleil.
A Lucien D. 22 mars 1915 .../... au demeurant c’était une opération stupide à tous points de vue mais il fallait sans doute une troisième étoile au con sinistre qui commande la division de marche et qui a nom B. de M.

Note : ces lettres de guerre sont si prenantes que les coupes en deviennent arbitraire et subjectives. L‘ensemble demeure néanmoins si riche que ces choix ne portent pas encore jusqu’en avril. Mais ce huit avril, même si je l’ai déjà fait sur l'Internet, je me devais d’honorer cet écrivain exceptionnel. 


mercredi 5 avril 2017

ETANGS DU DELTA DE L’AUDE / Vendres, Fleury











crédit photos wikimedia commons : 
1. L’Étang de Vendres, Basse Plaine de l'Aude, Étang de Pissevaches avec la Clape à droite. Conservatoire du Littoral. 
2. Coucher de soleil sur l’Étang de Vendres. Mairie de Vendres. 
3 & 4. Étang et village de Vendres. Mairie de Vendres. 
5 & 6. "Temple" de Vénus et vue sur l'étang. Mairie de Vendres. 
7 & 8. Étang de Pissevaches Saint-Pierre-la-Mer Auteur Krzysztof Golik
9. Étang de Pissevaches Auteur Hugolesage

lundi 3 avril 2017

ODE AU-DELÀ DU DELTA... (2) / Aude au delta caché









photos : 1, 2, 3. canaux anti-débarquement de la deuxième Guerre Mondiale. 
4 & 5. Étang de Pissevaches (Fleury d'Aude). 
6, 7 & 8. Flore des dunes. 

L’Atax (1) des Romains ne se vante jamais d’avoir enfanté, à force de sédiments, ces terres basses depuis Capestang jusqu’aux Cabanes-de-Fleury en passant par Salles, Fleury, Lespignan et Vendres, sans oublier au sud la plaine narbonnaise ainsi que les atterrissements autour de Gruissan et au-delà des îles Saint-Martin, Sainte-Lucie, par ce bras abandonné, devenu Canal de la Robine, jusqu’au débouché de Port-la-Nouvelle.

Marges floues aux calmes vénéneux que seuls des vents fous peuvent balayer. Platitudes qui transportent vers un horizon incertain, aux confins de la vie, de la mort, vers un éternel recommencement. Va-et-vient fougueux ou paisibles, féminité au goût de sel d’une mer qui monte, virilité doucereuse d’un fleuve qui pénètre. Vents tempétueux, flots impétueux que le ventre chaud de la mer attire. Le mourir du désir, d’étreintes impérieuses mais si vulnérables. Le mourir des desperados. La mort plutôt que l'inconsolable. Les fantômes tragiques de Mirèio ou Magali et cette Lydie au prénom grec, mirage de quelques rencontres au milieu des saladelles...

Le delta, potentialité d’un au-delà, indéfinissable et pourtant palpable, plus tangible et positive que la négation de « La possibilité d’une île »... « Le bonheur n'était pas un horizon possible » (Michel  Houellebecq / Fayard / 2005). Le delta fera toujours rêver... Un domaine ne portait-il pas ce surnom de « Californie » ? Un autre ne se qualifie-t-il pas comme étant celui « Du bout du monde » ?

Sous les trains de nuages qui se poursuivent, un poète si frais et pourtant trop lucide pour son âge n’a pas tant bavardé pour l’exprimer :

«... Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l’amour infini me montera dans l’âme,
Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, ~ heureux comme avec une femme. »
Arthur Rimbaud / Poésies / Sensations / mars 1870 (plus près de ses quinze encore que de ses seize ans !)     

(1) « Atacos, Atax, Attagus ». "Atacos" peut-être pour « très rapide, fougueux » aurait aussi donné le nom du peuple des Atacini. http://www.arbre-celtique.com/encyclopedie/atax-atacos-aude-808.htm

dimanche 2 avril 2017

ODE AU-DELÀ DU DELTA... (1) / Rhône, Ebre, Aude, Llobregat

« ... Mais l’amour infini me montera dans l’âme,
Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, ~ heureux comme avec une femme. »

Le Rhône embrasse ses îles et pousse les terres de Camargue vers le sud. A quatre-cents kilomètres, chez nos frères de Catalogne, c’est l’Ebre qui avance ses bras dans cette même Méditerranée Occidentale. Entre les deux, le Llobregat comme épongé par Barcelona (1) mais réservant encore des espaces naturels intéressants. Et, pardon de le mettre en avant « parce que c’était lui, parce que c’était moi », si présent dans ce qu’il a de sanguin, de sudiste, d’occitan, le fleuve qui continue d’échapper aux hommes venus le dompter, l’Aude qui rendit l’île de la Clape au continent, la "rivière", redoutée mais familière des Pérignanais de toujours, l’Atax d’un delta aussi caché que mystérieux... 

(1) si quelqu’un peut préciser pour le Riu Fluvia (Golfe de Roses) ainsi que le Riu Tèr de la trilogie catalane Têt, Tech, Tèr... Sinon on parle du Mistral, du Cers du Rhône à l'Aude, de Mestral, des Cerç ou encore Çerç, de Tarragona à l'Ebre. 






crédit photos : 
1. Rhone delta photoby Aldipower. 
2. Delta_de_l'Ebre-L'Encanyissada Author Lohen11-Josep Renalias
3.Espais naturals del riu Llobregat Platja del Prat des del Mirador de la_Bunyola Author Jordiferrer  
4. l'Aude passe au nord de la Clape.