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vendredi 30 septembre 2016

TOUR DE L’ÉTANG DE VENDRES (V) / Aqua... interdictus... à la fontaine ! / Fleury en Languedoc


Si la formule en usage, pour les hommes en toge sur le forum, était "aqua et igne interdictus" pour signifier au banni qu’il était interdit d’eau et de foyer, notre propos peut s’en rapprocher puisque, aujourd’hui, après l’aqueduc et le dit temple de Vénus, nous entrons à Vendres, un si joli village. Au pied du clocher à chevet carré, les ruelles tortueuses descendent jusqu’à l’eau fraîche et limpide de la fontaine... un trésor qui profitait jadis à tous ses habitants. 

Un village du Midi, à l’heure de la sieste : une image attachante du Languedoc. Les rues désertes, l’ombre presque verticale tombant devant les portails des remises et des anciennes caves closes sur une pénombre agréable. On est bien aussi, sur le banc, à manger un morceau, à l’ombre apaisante des platanes ! On n’en attend pas moins d’une place de village au sud d’une certaine ligne et le centre de Vendres nous conforte dans un art de vivre tout méditerranéen.
Ces bancs, il fut un temps, s’animaient des discussions vives et des rires des hommes de la vigne, après le repos de l’après-midi. Une pause nécessaire en été quand la chaleur et la longueur des jours fait lever les travailleurs dès l’aube, pour ces journées dites « de longue ». On les voyait même, dès le matin, avant le repas de midi, proprets, changés, rasés, parfumés d’eau de Cologne. D’où l’interprétation dans l’erreur des "estrangers" persuadés de voir des fainéants à peine tombés du lit ! Ah, ces touristes ! 
Des hommes du vignoble ne retentit plus le parler fort et franc (abstraction faite des ragots et autres qu’en-dira-ton... tout n'était pas louable et ce défaut était bien partagé avec les femmes !), tandis que les plus vaillants, ragaillardis, assuraient une seconde journée au jardin, pour les tomates et les haricots verts, à arroser avec l’eau du puits ! Alors les touristes, vous ne saviez pas ? Imaginez si vous pouvez, si vous avez un peu gardé de vos racines paysannes, quand ceux du coin, papi-boomers comme moi, se souviennent !
Autre signe des temps, une femme, tablier et pantalons blancs court dans un sens puis repasse dans l’autre... Si la maison de retraite médicalisée, quelque part derrière, tient d’une norme de vie, et de fin de vie surtout, imposée par la modernité, la mairie, elle, est ouverte, assurant la permanence de la République, en serions-nous à sa cinquième déclinaison décatie ... Et puis, il y a le monument (1) qui va avec, Marianne sur son piédestal et la fontaine, en face, telle une marraine protectrice ! 

Qu’est-ce que c’est beau l’eau qui coule et gargouille !  Dire seulement "C’est beau !" pour ce don du ciel tenant de la magie, c’est un peu court, non ? Ce n’est pas non plus très original d’en appeler à Marcel Pagnol, lui qui sut si bien traduire le monde mystérieux des sources dans son diptyque « L’eau des collines » (2). En bons Méditerranéens, les Occitans comprennent, sans l’ombre d’un doute ! Et pour celui qui passe, quoi de mieux que de s’abreuver et faire halte ? 


Mince alors : le panneau dissuasif « EAU NON POTABLE » nous l’interdit ! Pas possible, j’y ai bu jadis, d’ailleurs les gens venaient en prendre ! Qu’est-il arrivé ? Ce n’est pas l’eau de la ville : ils l’économiseraient... La source ne serait-elle plus fiable ? Ces pesticides partout qui nous empoisonnent la vie ? Une dame rejoint sa voiture, je lui demande « Vous êtes d’ici ? » Mais elle n’est là que depuis peu... pardi, elle parle pointu ! Et ce monsieur qui repasse ?
« A vous de voir qu’il nous dit... les cyclistes s’arrêtent toujours et en boivent, alors... ».
Alors nous aussi ! On verra bien ! Florian qui a le bras plus court choisit le jet le plus proche. Claire, fraîche, délicieuse, l’attrait puis le plaisir en bouche du fruit défendu ! Nous remplissons nos bouteilles.

(1) Trouvé sur le Net : sur la place du 14 juillet, pas un monument aux morts à proprement parler, même si la défense de la République se chiffre forcément en vies brisées. Cette statue de Marianne, érigée en 1889 pour marquer le centenaire de la Révolution, témoigne des sacrifices de plusieurs dizaines de citoyens vendrois au destin héroïque.
Merci vraiment au site qui nous le rappelle non sans décence et retenue ! http://www.vendres.com/Files/Fichiers_PDF/BM/BM_PRINTEMPS_2015/BM_PRINTEMPS_2015/files/assets/basic-html/page9.html
Non trouvé sur le Net : les circonstances dans lesquelles cette œuvre fut exécutée (moulage ? modèle original ?). est-elle en bronze, cette colonne ?
Cette place fait le lien entre les deux allées sous les platanes. Les gens d’ici disent "la promenade". 
(2) « Jean de Florette », « Manon des sources », tant pour les livres que les films.  

photos autorisées commons wikimedia
1. Vendres / église_St-Etienne auteur Fagairolles 34
2. Vendres / statue de Marianne auteur Fagairolles 34 
3. Vendres / fontaine auteur Mairie de Vendres.

mercredi 28 septembre 2016

LOUIS, FILS D’IMMIGRÉS (IV) / «... Ils ne savaient ni lire ni écrire ! ça les a sauvés ! » / Fleury en Languedoc.

Nous devions parler des chevaux de trait, ces compagnons indispensables au travail de nos vignerons et viticulteurs. Mais Louis conduit son propos comme il dirigeait ses chevaux. Il tient à réviser son passé, en prenant le temps nécessaire pour revenir, par touches successives, sur le siècle qui s’est égrené. Avec l’Aude en toile de fond, dans la plaine et dans les Corbières, il prend soin d’éclairer toute une époque de son regard particulier de fils d’immigré.   

«... Mes parents sont venus d’Espagne, du village de San-Mateu, province de Valencia. Ils sont arrivés en 29, moi je suis né en 30. Pour mon père, ce n’était pas la première fois  : il avait déjà un frère ici qui l’a fait venir. Il s’est installé à Paraza. On est trois frères, deux nés à Paraza, l’autre à Durban. 
Mes parents parlaient toujours valencian, c’est un peu comme le catalan. A Barcelone on entend beaucoup parler valencian. J’avais une cousine là-bas mais on ne se téléphonait pas souvent, que moi je parlais espagnol et elle valencian. Et le valencian, je l’avais perdu complètement. D’ailleurs mes parents parlaient une langue, c’était tout barejat entre le français, le patois, le valencian. Je les ai amenés une fois à San-Mateu. Il y a des anciens qui doivent se rappeler de moi, que j’avais un chien qui marchait debout. Je leur ai appris à tous mes chiens. Ils avaient une coutume là-bas, le matin à jeûn, c’était d’aller au café prendre la "barèje", en espagnol ou en valencian, c’était un peu de café et de la gnole mélangés. Je suis arrivé, j’ai fait marcher le chien jusqu’au bar, je les ai époustouflés. Mon père, on lui a demandé d’aller à la guerre. Mais qu’il leur a dit : 
« Si je m’engage dans l’armée française, qui va s’occuper de mes gosses ? Et si je viens à être tué ?
- Et bien, comme vous êtes engagé volontaire vous n’aurez rien du tout.
- Ah puisque c’est comme ça !.. »  


Mais au village, quand les vendanges sont arrivées, (mon père il était ramonet, il avait le logement et quand ça a été le moment d’aller vendanger, tu connais Paraza, il faut passer le pont sur le canal pour aller en bas dans les vignes. Il faut passer le canal ; la charrette était prête. Un ami qu’il avait lui a dit 
"Si tu passes là-bas ils vont te foutre, la charrette, le cheval et toi, dans le canal. Ils t’attendent !" 
Il a pris la femme, les deux gosses et le peu qu’ils avaient sur la charrette ; il est parti du village en catastrophe ; il sont allés à Canet. De Canet il est allé à une campagne. On est restés quelques mois et quand est arrivé l’hiver, il y avait un petit patron de Durban qui cherchait un espagnol pour travailler la propriété, parce qu’il était mobilisé. 

On a crevé la faim à Durban, que c’était la guerre ; on y est restés deux ou trois ans. 41, 42, 43. J’en ai des anecdotes... peut-être pour une autre fois...
Et alors tu vas voir. A Durban, du temps qu’il y était mon père était au syndicat, à la CGT et on disait que c’étaient des communistes. Un type de Paraza est venu un soir après souper à bicyclette et il lui a dit, "Écoute Isidore, (il s’appelait comme ça mon père), les Allemands ils ont passé la ligne de démarcation et ils font la chasse aux communistes et ils les foutent tous dans des camps de concentration et on nous a dit que tous ceux qui étaient au syndicat on va les foutre au camp de concentration. Alors je vais t’enseigner quelque chose que peut-être tu peux t’échapper de ça. On dit que tu étais révolutionnaire. Justement, en ce moment, il y a ceux qui étaient avec les Allemands, la gestapo et aussi un patron de Maisons, chef de la milice qui cherche quelqu’un pour travailler. Et il trouve personne. Si tu te fais connaître, lui il te parera peut-être... si tu travailles bien." 
Mon père est allé là-bas on est partis de Durban pour aller à Maisons. Les Allemands sont venus. Il y avait déjà un an, un bon moment qu’on était à Maisons. Ils ont dit au patron, le chef de la milice :
« Vous savez que vous employez un communiste ?
- Comment vous le savez que c’est un communiste ?
- Oui, on le sait. On a vu sa signature sur les papiers du syndicat...
- La signature de Sabater, c’est pas possible : mon ouvrier il ne sait ni lire ni écrire. Mon ouvrier quand je lui donne le salaire, il fait une croix ou des fois il met le doigt. »
Grâce que mon père et ma mère ils ne savaient ni lire ni écrire, ça les a sauvés ! » 

photos autorisées :
1. François Dedieu "Vendanges au Courtal Cremat" (route de Saint-Pierre-la-Mer) 1960 ? 
2. Paraza le pont sur le canal author Oyoyoy (commons wikimedia).
3. Château de Durban auteur ArnoLagrange (commons wikimedia).

lundi 26 septembre 2016

LES CORBIÈRES XI / Le Verdouble a tourné la « pierre percée ».

Concernant Duilhac (1), n’oublions pas la mention « sous-Peyrepertuse » pour le château  que la commune entretient et fait visiter. Elle contribue également à la restauration des vestiges (État 50 %, région 15 %, département 15 %, commune 20 %). 


Dans les gorges, sur le site de l’ancien moulin à blé de Ribaute, les cascades se visitent et la baignade est surveillée sur le plan d’eau aménagé pour un prix raisonnable (4€ le parking gardé)... Dommage les témoignages négatifs et peut-être excessifs sur Tripadvisor (mauvaise humeur de la préposée au paiement, passerelle enlevée quand personne n’est là pour les billets)... Quoi qu'il en soit, la manne touristique n'est pas sans inconvénients : l’afflux sinon l’invasion et le manque de tranquillité pour celui qui vit dans un « village-musée-zoo » !

Et puis ne vaut-il pas mieux rester caché pour vivre heureux ? Nous avons laissé les petits villages du haut Verdouble, apparemment oubliés, parcourus seulement par quelques originaux irréductibles ou par des originaires revenus pour les vacances. Déjà que l’administration fiscale, elle, ne les oubliera pas de sitôt (la faute surtout aux maires trop dépensiers !),  surtout qu’ils n’envient pas trop les animations festives de Duilhac, le voisin ! Parce qu’au pied de Peyrepertuse, « fils de Carcassonne » les impôts (237) et surtout la dette (10904) s’élèvent à 11163 €/habitant et que chaque Duilhacais est endetté d’autant (10904) soit 20 fois ce que paie un Estagellois à l’autre bout du Verdouble (2014 année de référence) (2) ! Un abîme de prélèvements, autre acception de l’appellation « Citadelles du vertige » (1966), de Michel Roquebert, pour ces châteaux de la frontière. Ah, il a l’air malin le jeune maire dynamique, pavanant devant la caméra, style « jeune dynamique gérant le patelin comme une entreprise » (3) ! Entre la génération trop entreprenante pour se faire une place au soleil et l’État, ce vieux barbeau refusant de réduire un train de vie dispendieux , il n’y a apparemment pas de place pour une gestion en "bon père de famille" ! « Quaucun pagara ! », Quelqu’un paiera !   
Pour être de Fleury, station balnéaire, je crois pouvoir dire qu’en contradiction avec la réputation a priori de territoire riche, une commune touristique brasse un grand flux d’argent qui ne profite malheureusement qu’à une petite minorité alors que la grande majorité des contribuables paie l’addition. Si les premiers se tiennent les coudes et comptent leurs sous, les seconds laissent faire, plaie d’argent n’étant pas mortelle. Ces petits villages, dont Cucugnan aussi, qui feraient vivre ces Corbières déshéritées, ne dérogent pas à la règle ! Et nous n’avons pas  évoqué la spéculation immobilière causée par la renommée (un certain snobisme aussi) et qui, faisant grimper les prix, interdit à des locaux de rentrer au pays ! Est-ce que les résidences secondaires, fermées une grande partie de l’année, sont un pis-aller pour maintenir la vie dans ces pays reculés ? 

Et dire que nous étions là pour un bol d’air et de fraîcheur ! En contrebas de Duilhac la source de la Trincade nous ramène à l’eau, élément vital. Celle-ci est réputée pour enivrer d’amour... « "Quiconque en boira, qu’amoureux il devienne" Ronsard » dit l’inscription apposée. La qualité de cette eau qui, jusqu’en 1921, actionna les meules du moulin à huile était si appréciée qu’on venait de Paziols et même de Tuchan où deux moulins tournaient pourtant.
«... Le village conserve son centre médiéval appelé le "Fort"... » nous apprend encore le site de la mairie.

Même incognito, sous un béret trop voyant, derrière des lunettes de soleil, les écouteurs enfoncés, oserai-je, après ce que j’ai dit, m’y promener en touriste curieux, en voyeur ? Les écouteurs, je vous rassure, c'est pour écouter Nougaro...

« Il scintille le Verdouble
Mais le cours de son argent
Ni les dollars ni les roubles
Ne te le paieront comptant... »
Claude Nougaro. Le Verdouble

... Les artistes, à l’instar des lichens pour la pollution atmosphérique, possèdent ce don d’alerter, de mettre l'accent avant que l’opinion, toujours en retard d'une bataille, n’en convienne... Tandis que, depuis peu, certains retournent leurs poches percées, le Verdouble, lui, depuis longtemps, contourne Peyrepertuse, la « peiro pertuso », la pierre percée qui a donné son nom au château, sentinelle de la frontière et surtout gardien de notre passé.     

(1) Duilhac-sous-Peyrepertuse par arrêté préfectoral des années 70-80... Le château médiéval attire près de 100.000 visiteurs par an (10ème place des 200 sites nationaux préférés des Français (110.000 déjà en 2004 ?)
http://www.lindependant.fr/2016/03/14/peyrepertuse-dans-le-top-10-des-sites-preferes-des-francais,2170032.php)
(2) http://www.contribuables.org/argus-des-communes/
(3) http://www.chateau-peyrepertuse.com/french/entretien-avec-sebastien-pla-maire-de-duilhac-sous-peyrepertuse,43,51,section,modules,contenu-mc.html 

photos autorisées 
1. Château de Peyrepertuse Duilhac-sous-Peyrepertuse Prost.photo 
2. Corb Carte_des_Corbières.svg auteur Boldair

samedi 24 septembre 2016

ITINÉRAIRE D’UN ENFANT GÂTÉ (IV) La Bourgogne profonde

Préalable : ce carnet de voyage est rempli d’erreurs assumées. Les corrections, grâce à l’Internet, ne viennent qu’après coup, en notes de bas de page. Merci.

Après le Café du Loup, une autoroute en direction du nord-est se remarque... Vers Dijon ou déjà vers la Lorraine (1) ? Toujours douter, principe aussi sage qu’universel. Réfléchir, quel qu’en soit le prétexte, par plaisir, pour contrebalancer les impressions trompeuses. 

Des grognements venus d’ailleurs se font entendre et comme quand elle lui a fait baisser le son de son jeu, la mère arrive à faire taire son second en répétant fermement « Non ! Non ! Non ! » tout en le pointant du doigt.
Qu’il faut être courageux pour élever un enfant trisomique ! Et pour en désirer un troisième ensuite ! Sinon, ce courage là ne s’appelle-t-il pas simplement et seulement "amour" ? L’acception d’un mot si banal s’oppose aux significations diverses qu’il revêt, complexes, déclinées comme autant d’exceptions sur-mesure. 


Sur un coteau, un village et ses pivots jumeaux, le château et l’église (2). Jusque là, les localités (le doit-on à ces vallons multiples et reclus de Bourgogne avec en bas les veaux au pré et les bois sur les croupes ?) vouées, on dirait depuis toujours, à l’élevage des charolais à viande, ne sont pas enlaidies par ces lotissements si communs partout, certes fonctionnels, adaptés au présent, mais se fondant difficilement avec l’architecture et l’histoire du pays. Quelque part à droite, Henri Vincenot (3) a enlevé les ronces pour rebâtir un hameau perdu... Quelque part dans la forêt, j’imagine le chêne vénérable qu’il étreignait de ses deux bras pour fortifier tant le corps que l’esprit... 


Sur ce rebord où naissent tant de cours d‘eau partis sillonner le Bassin Parisien, la maison typique présente des dimensions modestes : un parallélépipède plus haut que large coiffé d’un simple toit à double pente où l’ardoise a remplacé la tuile des bords de Saône. Qui a connu, au dos des boîtes de cacao (mais je peux me tromper), ces petites maisons des pays de France à découper puis à monter ? La magie d'un volume qui prend forme grâce à d'insignifiants onglets ! Qu’est-ce que j’ai pu aimer la cave du vigneron, l’étable attenante, la treille sur l’entrée bien exposée, le pigeonnier, ces noms de provinces, toute une géographie historique faisant autrement rêver que le blouguiboulga imbuvable des régions aujourd’hui empilées, jumelées, conglomérées, triturées par nos politicards dévoyés ! 


Petite rivière qui t’attarde sur le sable de tes contours concaves, qui es-tu ? Ce sont encore les vacances et je crois voir des gamins qui font tourner des moulins, d’autres qui cherchent des écrevisses sous les racines tandis que, plus sérieux, un grand surveille son bouchon. C’est seulement un des effets de l’anachronie passéiste qui m’affecte : la petite rivière (4) serpente, solitaire, sans même la vache regardant passer le train... 

(1) le Café du Loup (Saint-Martin d’Auxy / Saône & Loire). Sur le site http://www.cafeduloup.com/indexPC.htm, une photo de l’établissement avant 1903 ! De nombreux voyageurs l’ont découvert et le scrutent depuis le TGV : de nombreux messages en témoignent.  Pour les menus, il faut attendre le 26 septembre, date de la réouverture. Et si quelqu’un peut nous dire si les loups y étaient jadis plus nombreux qu’ailleurs...
L’autoroute, elle, se trouve plus loin : il s’agit de l’A6, à hauteur d’Avallon.
(2) Quel village ? Sur la carte, un nom se présente : Sully... Sauf que, si la mention du nom d’un vieil ami perdu m’a aussitôt frappé (je lui ai écrit aussitôt), le château, lui, est plus "Moyen-Age" que "Renaissance". Voyons, après l’autoroute... bon sang mais c’est bien sûr ! Ce ne peut être qu’Époisses ! Cela valait bien la peine d’en faire un fromage !  
(3) « L’alezane encensait au mitan de la sommière » Ma préférée ! Dire que son professeur de lettres, oublieux de l’histoire des mots, osa prétendre que ce n’était pas du français ! Tout un symbole !
Et en remontant sa trace, je tombe visiblement sur "La Billebaude" offerte (magie du Net) et que je vais illico relire plutôt que de débiter mes sornettes !
(4) Un ru juste après Époisses ou le Cléon ?.. de quoi en entretenir le charme... 

photos autorisées commons wikimedia
1. Château d’Époisses / auteur Cjulien21. 
2. Le pays d'Henri Vincenot / auteur Samrong01. 
3. Ce style de maison, pas le château et ses vignes author Havang(nl).

vendredi 23 septembre 2016

TOUR DE L’ÉTANG DE VENDRES (IV) / Mont de l’AQUAEDUCTUS, mamelon de VÉNUS...


Le soleil cogne. L’heure d’été le devance de deux tours : il est quatorze heures avec la chaleur de midi ! Et ce piémont du plateau en amplifie la portée ! La sécheresse a sévi cette année et les grains de raisins sont secs comme chevrotines. Heureusement que le bord de l’étang est arboré, contrairement à l’aval, vers le grau où la salinité domine. Une maison à gauche, sous les peupliers et les frênes ; un panneau indique « La Foulquière », un nom évocateur pour un rendez-vous de chasseurs. Depuis un moment, nous allons à rebours du chemin vicinal menant à Sainte-Germaine ; il est mal foutu, mal entretenu : tant mieux pour la tranquillité qu’on y gagne. Sur le versant, encore un panneau qui, cette fois, montre où voir ce qui fut un aquaeductus, un aqueduc des Romains. A des lieues du pont du Gard, ces vieilles pierres comptent, néanmoins : elles confortent dans l’idée que le coin, et à plus grande échelle le Languedoc, a toujours été favorable à l’installation humaine. Du temps des Romains, le site devait beaucoup ressembler à ce qu’il est aujourd’hui avec peut-être le grau ouvert sur la mer et un étang de Vendres en lagune saline... Nous suivons le sentier, aussi motivés que ceux qui cueillaient des mûres tout à l’heure. Un figuier dans la montée. Là-haut une pinède et la première maison sur sa parcelle lotie. Entre les deux, les pierres de Rome, un tronçon de canalisation, une forme de réservoir aussi peut-être (1). 


Un terrain de pierre terreuse ou de terre pierreuse, jaunâtre, qui rappelle l’oppidum d’Ensérune. Dans mes partis pris simplistes, j’associe la présence grecque au calcaire blanc : Leucate ( de leukós, λευκός  en grec ancien) (2), et plus loin le site archéologique d’Empuriès. Ne me demandez pas pour Agde au basalte noir (Αγαθή Τύχη (Agathé Tyché) (2)... je vous l’ai dit : la subjectivité dans tout ce qu’elle a de contradictoire...
Cette eau venait-elle du plateau du Crès ? L’aqueduc l’amenait-il au temple ? On le voit ce mamelon qui s’avance dans les roseaux, juste sous le soleil de l’après-midi. L’étang s’ouvre à droite comme un éventail piqueté de paillettes d’argent. Quelques oiseaux fouillent les vases. Quelques cris montent jusqu’à nous. Les cigognes doivent vaquer plus loin. 



Le voici, ce fameux temple mais les indications évoquent plutôt des thermes, le repos du marin, le vin du Crès et plutôt des vénus de carrefour que des offrandes pour une traversée réussie (3).
Personne sinon nous et un troupeau de chèvres en ce jour plutôt frais pour la plage. Dans un canalet qui en automne évacue les déluges venus des collines, nous dérangeons un héron pourpré (4), « oiseau entièrement protégé » disait une indication des ornithologues, plus loin, vers le Chichoulet et « qui ne doit pas être dérangé intentionnellement », précise la loi.   

(1)  trouvé sur http://jc34.eklablog.com/vendres-son-temple-de-venus-et-son-aqueduc-antique-a123506760
«... L'aqueduc a été vraisemblablement édifié à l'époque gallo-romaine. Il conduisait les eaux de la source du Théron située sur le flanc Est du Crès à la ville antique. Au titre de la corvée qui existait en 1725 les habitants de Vendres, sous la conduite de l'ingénieur Monsieur de Clapiès, réaménagèrent le conduit souterrain et jusqu'en 1864, les eaux alimentèrent les fontaines du village...»
(2) wikipedia  
(3) «... Deux fours chauffaient l'air qui arrivait dans trois grandes pièces par les interstices du plancher. Ainsi les valeureux romains pouvaient apprécier les différentes températures des pièces selon qu'ils s'éloignaient de la chambre de chauffe. L'étuve (caldarium) assurait une température élevée, puis la pièce tiède (tépidarium) une douceur plus acceptable puis enfin la pièce froide (frigidarium) permettait d'apprécier le bienfait des bains froids... » 
Pour plus de précisions http://jc34.eklablog.com/vendres-son-temple-de-venus-et-son-aqueduc-antique-a123506760
Merci encore jc34 !
(4) je crois qu’en languedocien de chez nous, nous disons « crac » pour ces grands hérons qui volent le cou rentré (confirmé par le dico cantalausa)
http://www.ieo12.org/d7/recerca-diccionari-cantalausa


photos autorisées wikimedia commons : 
1. Vendres étang auteur Fagairolles 34 (au fond, au sud, le massif de la Clape). 
2. Vendres aqueduc auteur Emeraude. 
3. Vendres étang avec vue sur le temple de Vénus auteur Mairie Vendres (au fond au-delà de l'Aude, le village de Fleury). 
4. Vendres temple de Vénus auteur Mairie Vendres. 
5. Héron pourpré photo Pierre Dalous.

mercredi 21 septembre 2016

LOUIS LA TOCANTE (III) / La roue tourne, l'heure aussi / Fleury d'Aude en Languedoc.

Il est le dernier à avoir mené un cheval à Fleury. Je me suis décidé, à force, à laisser mon golfe clair hypnotique, pour la garrigue, les vignes annonçant le village, à l’intérieur des terres. Sur une des avenues où, près d’un siècle et demi en arrière, les gagnants du grand boum de la vigne ont aligné en si peu de temps les maisons dites de maîtres, avec au moins deux fenêtres de chaque côté de l’entrée qui en impose, Louis l’ouvrier agricole a racheté un lambeau de celle qui fut peut-être la plus prospère de ces propriétés mais qui a fini vendue en morceaux.
« I a un tèms que trempo, un que destrempo » aimait dire Jeanil, le grand-père Dedieu, signifiant qu’après les jours fastes viennent les mauvais. Sagesse populaire à petite, à grande échelle, à moyen ou à long terme, que ce soit pour un individu, une famille, une communauté... La roue tourne.
Ses parents venus d’Espagne avaient, avant lui, réussi à devenir propriétaires d’une maison au village voisin.

Nous devions parler des chevaux mais Louis parle de son héritage. Il raconte :
«... Je rentre dans la maison de Salles je vois comme si c’était du son, je m’appuie à la poutre et boum une bonne partie est tombée ! Les termites ! C’était que nous n’étions pas d’accord avec mes frères. Moi j’étais ami avec les deux mais eux étaient fâchés. On s’est quand même mis d’accord pour la traiter. Un devis était à trois millions, l’autre à quatre... à l’époque c’était en francs. Quand il a eu fini de racler, de traiter, il a dit qu’il y en avait encore là-haut et que si on ne payait pas la rallonge d’un million il ne nous signerait pas le certificat de conformité. Quand on a voulu la vendre, les plafonds arrachés, une ruine, c’était une catastrophe. Ceux qui visitaient ressortaient de suite.
On aurait pu en tirer une quarantaine de millions, c'est à peine si on en a eu vingt et au bout de trois, quatre ans. Partagés en trois, après les frais qu’elle nous a coûtés, ça faisait plus grand chose pour chacun... »

Il en parle posément, sans que cela ne l’affecte outre mesure mais non sans regretter. Visiblement, il ne met pas en regard son bien présent. C’est vrai que le jardin compte beaucoup pour lui et qu’il en oublie peut-être la grande écurie à l’entrée, la maison pour les vendangeurs et derrière celle où logea monsieur Vidal, le mécanicien attitré du temps de Gibert-Crassous, accolée qui plus est à une remise aussi vaste que haute... La roue tourne... 
Ce qui n’était qu’une cour est devenu, par ses soins, un jardin luxuriant, son moyen d’expression mais aussi le biais pour éclairer sa trajectoire, évoquer sa famille. Un fauteuil sous le datura le repose quand les prothèses des deux genoux le fatiguent à la longue. Il ouvre toujours des parenthèses qui font revivre ses parents, la condition des ouvriers espagnols dans ce qui fut le culte de la vigne. Inutile de le couper, illustrerait-il une vérité profonde que Jules Michelet louant tous ses semblables, a eu le mérite d’exprimer :
« Chaque homme est une humanité, une histoire universelle » (1) Je le laisse aller, l’interrompant juste parce qu’il manipule imprudemment un rasséguet à souquets (2).
Je ne vais pas le perturber, pourtant, sans le vouloir, en prenant garde aussi de ne pas hacher son propos, je pousse un peu à la roue, plus par intérêt que par curiosité... Les chevaux, nous en reparlerons après.
Sauf que Louis, l’a-t-il entendue sonner au clocher ou à sa tocante sans que j’y fasse attention, part dans la remise tourner sa voiture. Il est onze heures, il n’a plus une minute à perdre, il doit y aller !  
Le portail reste grand ouvert sur une nature vivante du douanier Rousseau. Un panneau joliment décoré prévient « SI VOUS AIMEZ LES FLEURS, ENTREZ ICI ! » ou quelque chose comme ça... Vous n’y entendrez pas que le langage des fleurs, sauf qu’après onze heures, attention, le jardinier reprend sa peau d'homme ordinaire !   
  
(1) Histoire de France, tome II, livre VIII, 1. Václav Havel a aussi pensé ainsi, le concernant, quelques semaines après la chute du mur de Berlin :
« Chacun de nous peut changer le monde. Même s’il n’a aucun pouvoir, même s’il n’a pas la moindre importance, chacun de nous peut changer le monde ». 
(2) la rassègue est une scie ; c’est ce qu’on rappelle aussi à ceux qui reprennent à tout bout de champ la même rengaine... le rasséguet est la petite scie portative que le poudaïre (celui qui taille la vigne) fait suivre pour conduire et anticiper la croissance harmonieuse du cep. 

Pour voir Louis (photos sous licences) : 
page 5 http://www.communefleury.fr/files/ot-fleury/files/brochures/pdf/vignoble_septembre_2015_internet_2.pdf

http://saintpierrelamer.blogs.lindependant.com/archive/2012/09/24/le-jardin-du-louis.html

https://www.google.com/search?q=Louis+sabater+fleury&client=firefox-b&tbm=isch&tbo=u&source=univ&sa=X&ved=0ahUKEwi4tp6AgaDPAhXpJ8AKHQwXCcQQsAQIHw&biw=1366&bih=659


mardi 20 septembre 2016

INFOS « CHAUD, CHAUD DEVANT ! » France, Mayotte en Danger

Kwezi FM mardi 20 sept 2016 / Mayotte 1ère / lundi 19 sept. 2016... et prolongements...

Les parents d’élèves de Boueni (sud de l'île) contre les rythmes scolaires ferment l’école à l’heure de la reprise de l’après-midi. La mairie revient enfin à ses devoirs envers la population ! Des devoirs assurément prioritaires par rapport au respect hiérarchisé de la loi venue et tombée d’en haut (détournement de la représentativité politique).
Ce n’est pas vivable pour les enfants clament les parents : climat tropical, pas de cantine, PETs étiques, accompagnement et garde des enfants fragilisant la minorité active...

La préfecture prend acte... Le secrétaire général du vice-rectorat insistait pourtant il y a peu pour la réforme des rythmes : « l’avenir nous donnera raison ».

La logique de l’apparatchik de service est bien de maintenir un pouvoir monolithique... La télé, pourtant d’État, doit avec « Pièces à conviction » traiter des 20 % des fonctionnaires directement nommés par les politiques dont une bonne part par le monarque républicain !
François Ier le Florentin n’a-t-il pas personnellement nommé une soixantaine de préfets amis ? L’émission rappelle quand même que 123 préfets sans affectation sont payés "à ne rien foutre", que d’autres planqués pantouflent au Conseil d’État ou à l’Inspection générale de l’Éducation Nationale...

« ... François Hollande s’était élevé contre ces privilèges en 1989. A l’époque, il était jeune député et haut fonctionnaire à la Cour des comptes : "Si je n’étais plus député, je redeviendrai conseiller à la Cour des comptes. Si je ne faisais absolument rien à la Cour des comptes, je continuerais à gagner 15 000 francs par mois. Je pourrais doser mon travail, rester chez moi quand je suis fatigué, aller à la Cour des comptes pour passer des coups de téléphone. Je serais totalement libre et je serais un vrai privilégié comme je l’étais avant d’être député."
Vingt-sept ans plus tard, François Hollande est président de la République et rien n’a changé.

"Les jobs en or de la République", une enquête de Stéphane Girard diffusée dans "Pièces à conviction" le 21 septembre 2016. »

Qu’en est-il du respect que nous devons aux Institutions quand François II le Piteux, le Pâteux, le Péteux (c’est plus hard avec le «U») a, qui plus est, le culot de vouloir rester sur la piste ?

Pourquoi tu tousses, Lacouture secrétaire général du vice-rectorat ? Parce qu’il ne faudrait quand même pas couper la branche sur laquelle un grand nombre des vôtres est assis ? 

http://www.francetvinfo.fr/replay-magazine/france-3/pieces-a-conviction/pieces-a-conviction-du-mercredi-21-septembre-2016_1825373.html  

dimanche 18 septembre 2016

LES CORBIÈRES X / Le Verdouble, première cataracte.


Nous avions laissé le Verdouble et les questions sinon les mystères de ses sources, dans un premier bassin, avec les villages de Cubières-sur-Cinoble, Soulatgé et Rouffiac des Corbières (LES CORBIÈRES IX / Les mondes doubles du Verdouble). Une terre âpre où les hommes se sont accrochés jusqu’à ce que la prospérité des villes de la plaine ne les appelle, dès le second dix-neuvième siècle. Le long du haut Verdouble, si l’irrigation a enfin permis aux habitants de manger à leur faim (Soulatgé) malgré les craintes de ceux qui vivaient en aval (Rouffiac), l’exode rural a néanmoins fait le vide. Les vignes n’ont plus été cultivées...

«... Les vignes, elles courent dans la forêt,
Le vin ne sera plus tiré, c’était une horrible piquette,
Mais il faisait des centenaires
A ne plus que savoir en faire
S’il ne vous montait pas à la tête... »
 
La Montagne / 1964 / Jean Ferrat (1).

Quant au Verdouble, il voit sa course vers l’est barrée par des massifs. Comment pourrait-il en être autrement dans les Corbières où les nombreux reliefs s’épaulent ou jouent des coudes ? Ici, depuis des millions d’années, il creuse l’obstacle, formant deux séries de gorges encaissées toutes deux (respectivement 1,3 km et 2 km). 


En aval de Rouffiac-des-Corbières, les premières ne sont ni mentionnées ni photographiées. La rivière inscrit une boucle au pied d’un cirque (550 m.), osons le mot, qui la domine de sa masse, 240 mètres plus haut. Derrière, rive droite, presque aussi impressionnant, c’est le Sigle de la Rabazole (487 m.). 

Tout semble terminé lorsque le Verdouble coupe un vallon où figurent deux bergeries, celle du Grès vers l’ouest, celle de la Brézole à l’opposé mais ce sont surtout les ruines des Birats, des Bergeries de la Rivière, Balbonne et plus loin et plus haut encore de la bergerie de la Caune qui témoignent des nombreux petits troupeaux de jadis, de la vie des bergers avec la fête de la tonte par exemple, des traditions pastorales comme pour la Saint Roch, le 16 août... Mais revenons à notre rivière : sur deux kilomètres, entre les cascatelles, les marmites de géants, les vasques, et finalement la retenue d’eau qui fait le bonheur des baigneurs de l’été, le Verdouble décline les verts multiples de ses eaux limpides. Au sortir des gorges, il débouche encore contre une échine montagneuse de pechs et de rocs (2), obligé qu’il est, à nouveau, de partir vers le levant, après son travail tenace dans les strates de l’Anayrac.

Si j’ai parlé de cataracte alors que la géographie ne l’autorise pas (3), c’est que ces gorges marquent aussi des différences notables pour la vie et l’identité des pays du Verdouble. L’altitude même modeste, l’enclavement, matérialisent déjà des contraintes.
En haut, vers Soulatgé, une polyculture presque de montagne avec une pluviométrie historiquement (4) deux fois plus abondante que celle de la basse vallée (Tautavel, Estagel) et surtout en hiver et au printemps.
Entre les deux, de Duilhac à Padern, une zone de polyculture méditerranéenne, zone de l’olivier, marquée par un fort ensoleillement.
En bas (Tuchan, Paziols,  puis le confluent avec l’Agly), deux fois moins de précipitations, malgré les aigats d'automne, et la monoculture de la vigne qui s’est même étendue au détriment des oliveraies.
Il ne faut pas s’étonner si au fil de l’eau, les villages ont été moins marqués par l’exode rural. Un autre trait de l’économie est venu accentuer les différences avec les moins bien lotis de l’amont : le tourisme. C’est particulièrement vrai pour ce « moyen Verdouble » avec notamment les localités de Duilhac et de Cucugnan.

(1) Même si elle remet en cause la modernité et mésestime les progrès de la médecine avec, aujourd’hui, des centenaires plus nombreux que jamais, parce qu’elle plaide pour une vie proche de la nature, cette chanson reste, à mon avis, une des plus belles jamais écrites.
(2) derrière, sur la soulane, Cucugnan s’acagnarde au soleil.
(3) la rivière descend de 78 mètres sur un parcours de 4 kilomètres.
(4) avant l’incidence actuelle due au réchauffement climatique qui devrait apporter un climat comparable à celui de la Grèce aujourd’hui.  


Photos autorisées commons wikimedia
1. Duilhac auteur Henri Moreau / vue vers le sud / La Quille 964 m. 
2. Depuis le château de Peyrepertuse / auteur Valeriejeanbiographe / Sur la deuxième montagne en partant de la droite le château de Quéribus, aussi " fils de Carcassonne". Au centre, "l'île singulière" derrière laquelle se cache Cucugnan. 
3. Depuis le château de Peyrepertuse auteur Jardillierjulien / au fond le grau de Padern qui ferme le bassin du moyen Verdouble.

jeudi 15 septembre 2016

CHEMINS D’ÉCOLES... / Mayotte, France en danger !

"Ecolo-reportage" sur le chemin de l'école du mercredi 14 septembre 2016. 

NB : le Comité du tourisme de Mayotte est autorisé à reproduire ces images pour ses campagnes de promotion. 







 

CHEMINS D’ÉCOLES, CHEMINS D’HONNEUR... / Mayotte, France en Danger


Une des émissions d’Arte. J’y vois les enfants du monde exposés à bien des dangers : les tempêtes de neige, les ours et les loups en Mongolie, des sentiers vertigineux sur 1950 mètres de grimpette au Mexique, «... crocodiles, rongeurs géants et serpents aux aguets... » en Papouasie, soleil de plomb et tempêtes de sable, sans ombre ni eau dans le désert du Danakil, « moult dangers » dont une pirogue qui prend l’eau dans la forêt vierge du Nicaragua !
Il en a de la chance, mon gamin à Mayotte !

De la chance, son sac rempli de cahiers et de matériel qui n’a pas encore servi... heureusement pour ses vertèbres que le collège ne distribue pas de livres ! (peut-être en raison du niveau qui a tant monté ! dixit Lacouture, bras droit de la vice-recteur).

De la chance, son nouvel emploi du temps avec seulement 30 minutes de plus que les 6 heures quotidiennes prévues par la loi... Son cousin doit avoir trois jours de dépassements, lui !

De la chance avec une heure seulement de « pause méridienne », contrairement à ces enfants et makoko (les mamis de garde) sur les genoux à cause de la réforme des rythmes du primaire (ils n’avaient qu’à entrer en résistance comme notre commune de Sada!). Et puis, une heure, c’est largement suffisant pour prendre la collation sur le pouce... ou plutôt sous le préau... comme nous le souffla à l’époque le député mabawa qui picole !

De la chance avec la journée du sport même si les parents n’ont pas été avertis que l’enfant, du coup, en sandales et sans casquette, allait rester en plein soleil un temps certain et qui plus est, qu‘il serait "rendu à la vie civile" avec un quart d’heure de retard ! (25 minutes pour la dernière classe !)

De la chance alors que le prof menace parce que le grand format ce n’est pas du 21 x 29,7... encore un qui ne sait pas que Mayotte a bénéficié en 2014 de l'opération caritative « Un cahier, un crayon », au même titre que... le Mali, le Sénégal ou la Guinée...
http://dedieujeanfrancois.blogspot.com/2014/10/mayotte-en-danger-quand-la-solidarite.html

Mais tout va mieux, à les entendre, quand ils ne disent pas qu’il faut laisser le temps aux élus ou carrément le temps au temps alors que les médias annoncent qu’un élève mahorais ne coûte que la moitié de ce qui est versé pour lui en métropole (4000 et non 8000 euros)... et pourquoi pas 1200 € puisque 70 %  représentent la rançon qui nous est extorquée au profit des étrangers ? Honte à eux !

De la chance, à en péter de fierté aussi de savoir que Constance Cynique, la vice-recteur est partie se faire épingler la légion d’honneur à Paris.  «... Et à ce titre Denis Lacouture secrétaire général d vice-rectorat, indique "elle est à Paris pour se battre pour Mayotte, pour les enfants de ce territoire. " » http://www.linfokwezi.fr/elle-recoit-la-legion-dhonneur/
Sa meilleure, à ce beau parleur, à propos de la réforme des rythmes (peut-être pas à la lettre car notes prises sur le vif) :
« Moi j’étais pas là quand c’est démarré. C’était déjà en place. La journée est restructurée. Les résultats nous donneront raison... »
Lacouture, tes litanies sont cousues de fil blanc. Chante donc, « grand blanc » (de passage à la radio, il n’était pas en tenue "petit blanc"), épinglé également par le passé, parce qu’ils se l’accrochent entre eux, le hochet, et réciproquement... je te tiens, tu me tiens... (« ... c’est avec des hochets que l’on mène les hommes » Napoléon / fin avril début mai 1802) !

Ils ne parlent que de la loi qui s’impose alors qu’ils la détournent quand ils n’en tiennent pas compte ! Et il serait excessif de les traiter d’ennemis du peuple, de les accuser de non-assistance à population en danger alors qu’ils sont coupables de violences volontaires aggravant la situation de Mayotte ! Quant à savoir si c'est ou non volontaire, l'avenir le dira sûrement... et Lacouture, doublement promu (carrière et légion d’horreur) préférera ne pas avoir à exprimer qu’il n’était plus là et que c’était déjà en place...
Mayotte reste un cul-de-sac, ses chemins d’écoles mènent à l’impasse parce que les "organes" de l’État trahissent les principes républicains ici comme en métropole... « les résultats nous donneront raison » monsieur le haut fonctionnaire ! 


photo flickr.com / légion d'honneur / auteur Christopher Dombres.   

mardi 13 septembre 2016

LE PRINTEMPS DE MAYOTTE ? / Mayotte, France en Danger


D’autant plus flétrie par une surpopulation imputable aux errements ineptes des humains, à commencer par des dirigeants loin de donner l’exemple, l’île, malgré tout, veut survivre. Pas rancunière, ouvrant les bras, Mayotte semble dire qu’il ne lui faudrait pas grand chose pour poursuivre et s’épanouir. Martyrisée par les hommes mais pas abandonnée des dieux !
 
Début septembre encore, la saison sèche semblait resserrer son emprise : sécheresse, poussière et moins de vingt degrés la nuit. Et voilà que tout paraît changé à peine une semaine plus tard. Il a suffi de quelques gouttes sur quelques jours. La verdure aussitôt s’est faite tendre. Les fromagers ont osé sortir leurs premières folioles. On dirait même que les bouquets de bambous ont grandi. Restons lucides sans quoi c’est prendre ses désirs pour des réalités ! Sauf si ce sont des témoins autorisés qui le disent.
 

Les petits hiboux au petit matin, ce doit être leur saison. Mais ces vocalises assumées qui rappellent nos rossignols, autres verdiers ou chardonnerets, ne marquent-elles pas le printemps des Tropiques ? Quel oiseau ose ainsi... Incroyable, c’est le petit souimanga (1), le colibri de quelques grammes ! Quel bel organe ! A peine un peu plus grand, le zostérops a mis ses lunettes pour mieux piquer les insectes minuscules sur les rameaux de tsuzi ou d’ambatri ou ambrevades, les pois d’Angole si vous préférez... Les bulbuls, plus discrets se montrent en couple cependant. Un corbeau-pie plane en tournant et, plus rare, un courol mâle bat des ailes et se laisse porter tour à tour. Hier, dans les hauts, c’est l’épervier plutôt familier d’habitude qui faisait mine de se cacher derrière une branche. 


Qu’ils soient loués tous nos oiseaux qui essaient de répéter les cycles propres à chaque espèce ! Qu’elle soient louées ces pluies, même plus symboliques que vraies ! Cette année, la salade verte, les tomates trouvent à s’acheter, ces dernières au prix incroyable d’un euro le kilo et, en bas d’Ongojou, elles ont du goût, en plus ! Et comment croire qu’il puisse déjà y avoir des avocats, pas des cailloux, de bons fruits, qui mûrissent sans pourrir ! Les manguiers aussi portent autant de fleurs que de promesses, les régimes de bananes se multiplient et les arbres à pain de loin nous font signe...
Même si tous les dangers qui minent Mayotte restent latents, une tranquillité relative vient mettre au second plan l’inquiétude habituelle, le stress dû aux mauvaises nouvelles, un quotidien auquel on ne peut s’habituer...   
Ce n’était pas une bonne idée d’écouter les infos ce matin, mais est-ce plus futé de faire l’autruche ou de faire comme si. Le port, bradé au privé, est menacé de blocage. Aïe le lait de coco de Thaïlande et le cordon ombilical qui engraisse le business ! Les grèves se multiplient ! Le préfet en personne est revenu arpenter les stands du tourisme, en jean, avec sa compagne, pour signifier que l’île est aussi sûre que tranquille ! « Gouverner, c’est faire croire ! » Machiavel... Un missi dominici vient annoncer que sa patronne du vice-rectorat reçoit une légion d’honneur gagnée « en se battant pour les enfants de ce territoire », sic. Hic, je m’en étouffe pour l’élève de Mayotte qui ne reçoit que la moitié de ce qui est dépensé pour le petit métro (4000 euros) ! Mais la nouvelle ministre de l’Outre-mer arrive à la fin du mois, avec des « biscuits » nous dit la radio... Chante toujours, j’en ai déjà le miel dans la gorge !
Plus mon petit souimanga que le gros coucou qui vient depuis Paris pondre son œuf dans son nid...

(1) Faute de cliché disponible, en photo, le souimanga royal de l’Afrique des Grands Lacs. A première vue, il semblerait que seul le plastron rouge soit moins marqué chez le nôtre.    

Photos autorisées commons wikimedia :
1. zostérops, oiseau-lunettes, auteur Cécile Pheulpin. 
2. souimanga royal en.wikipedia. 
3. épervier de Francès jfdedieu.

jeudi 8 septembre 2016

ITINÉRAIRE D’UN ENFANT GÂTÉ (III) / Lyon - Le Café du Loup

 
« Pour passer le Rhône, il faut être deux,
Pour mieux le passer, il faut savoir danser...».

https://www.youtube.com/watch?v=ANLfYXluB0A
ou
https://www.youtube.com/watch?v=ubxk27pIwTM (3 premières minutes)

Vous la connaissez la comptine ? Pour dire vrai, ce n’est que maintenant qu’elle me vient à l’esprit. Par contre, la vue du Ventoux m’a rappelé papa avec sa Dauphine : le moteur Renault portait ce nom.



Après la gare excentrée de Valence et ses marches qui semblent vouloir monter jusqu’au soleil, Lyon s’annonce vite. La mami et ses gamins sont descendus. Florian remarque le crayon planté dans la Part-Dieu et nous nous efforçons de passer en revue les serres monumentales et presque tous les arbres du Parc de la Tête d’Or tant la ville a su nous séduire. Derrière, le plateau de la Croix-Rousse où j’ai étudié, avance, entre Rhône et Doubs, sur la Presqu’île.


Oui, oui, le Doubs : cette fois ce sont les hommes qui sont coupables d’avoir fait de la Saône (1) une usurpatrice !
A la place de la mami, une maman courage pleure. Avec deux de ses garçons, ils sont longtemps restés collés à la vitre à envoyer des baisers. Ils n’ont pas obligé le second, passant en boucle des histoires pour enfants, à en faire autant. Je comprends qu’il est de ces petits qui ont un chromosome en trop, qu’ils étaient en vacances dans les Hautes-Alpes, chez les grands-parents. Un accompagnant de la SNCF les a précédés pour poser le bagage en commentant : « un panier repas !». C’est vrai qu’on dirait que c’est pour un pique-nique. La ligne monte dans les Dombes mais je m’interdis de suivre du regard les premiers monts du Jura vers la trouée de Belfort et l’Alsace qui nous ouvre la route vers l’est... mon grand-père est là-bas... Je patiente seulement de revoir la Saône : son passage marque bien une direction presque opposée, vers Paris et le nord-ouest. La voilà la Saône, douce, alanguie, des péniches de mon enfance, des guinguettes au bord de l’eau avec de la friture au menu...


«... on nommait la Saône en présence d’un Parisien qui étalait la simplicité savante de son maintien sur le quai de Mâcon.
« A Paris nous appelons cela la Seine », dit-il en souriant... »
Stendhal, Mémoires d’un Touriste, 1838.

Aujourd’hui, je suis aussi rancunier que la Mule du Pape d’Alphonse (Daudet, Lettres de mon Moulin) or ce 22 août, expédié vers d’autres cieux, je subis seulement le cours des choses, laissant mon port par force mais faisant en sorte de retrouver celui qui a su m’adopter.  Nous voyageons, dos au sens de la marche et pour des curieux du paysage, ce n’est pas l’idéal. Flo me fait remarquer que dans le Shinkansen, ils retournent tous les sièges... Sauf qu’à la Senequefeu, si le conducteur n’a pas de gants blancs, le contrôleur dispose d’une jolie musique qui se répète lorsqu’il valide ! Sinon nous avons le Hara Kiri en commun, aussi bête et méchant pour les deux d’autant que là-bas, les retards ne dépassent pas six secondes ! Le train file peut-être déjà vers Saulieu, là où Bernard Loiseau, le cuistot célèbre, préféra se brûler le ailes, d’ailleurs, peut-être pour une étoile de moins au Michelin.
La petite famille goûte. La maman tient son bébé et montre des laitages au second : « Tu veux ça ? ». L’aîné plein de prévenance s’excuse d’abaisser son dossier. Souriant, dévoué, il s’occupe du tout petit ou prend son cadet sur les genoux même lorsqu’il joue sagement sur son téléphone. Thomas (2), il s’appelle.
Blackboulé vers le lointain, arraché aux racines, au Languedoc, j’accroche néanmoins les branches à portée des pays qui font la France. Ces vallons, ces sombres forêts, ce doit être le Morvan, la bordure plus marquée du Massif-Central s’avançant vers le nord... Vivarais, Lyonnais, Beaujolais, Maconnais, Charolais, Morvan... Tiens, un établissement, branché en quelque sorte, à l’enseigne du « Café du Loup ». J’embête Flo qui tient son stylo qui n’est pas trop d’accord pour noter le nom de ce café : cette mention, serait-ce dans une marge, perturbe l’ordonnancement d’un « Cahier de notes de vacances » bien rempli. De toute façon, j’allais sortir de quoi écrire. Comme si, de savoir où nous sommes, marque, plus que symboliquement, la volonté de maîtriser autant sa trajectoire que son devenir, d’influer, pour la part qui nous incombe, sur le destin... tant que l’exigence prétentieuse de nous démarquer, en tant qu’hommes, nous tient...  
     
(1) Au confluent, à Verdun-sur-le-Doubs, 175 m3 de débit pour le Doubs contre 160 pour la Saône... Ce sont les hommes qui font la géographie. 
(2) les noms ont été changés.


Photos autorisées Commons wikimedia :
1. Le_Rhône_au_défilé_de_Donzère auteur Babsy.
3. Lyon Parc Tête d'Or grandes serres auteur Myrabella. 
4. Saône à Mâcon auteur Chabe01.
5. Haut_Folin Vue depuis le théâtre gallo-romain des_Bardiaux (Arleuf) auteur LeMorvandiau

2. diapo François Dedieu août 1962.

mardi 6 septembre 2016

RETOUR SUR INFOS / LES APPARATCHIKS DU TOURISME A MAYOTTE


Des irresponsables oublieux de l’état d’urgence et incitant des personnes à se mettre en danger osent mettre en avant un salon du tourisme et des loisirs servant avant tout leurs intérêts. Ils se gargarisent, soit dit entre nous, du succès de l’opération alors que le tourisme n’alimente sur l’île qu’une nomenklatura de planqués politiques, leurs familles et leurs affidés !

Pour ceux qui n‘ont pas oublié ce que l‘agression de ce croisiériste senior allemand (février 2013 / col du fémur fracturé) avait de choquant, j’avais déjà souligné combien il était indécent de faire la promo de Mayotte en Allemagne.
http://www.quotidiendutourisme.com/site/destination-un-touriste-allemand-agresse-a-mayotte-70947.html

Pour ceux qui souhaitent la paix entre les hommes et la sérénité indispensable à la découverte d’une île et de ses habitants, j’avais déjà souligné le mépris de ces organes opportunistes qui ne veulent pas voir la saleté chronique de Mayotte !

Que ne se salissent-ils pas les mains à ramasser les déchets avant d’inviter les touristes à venir ?  « La charrue avant le zébu », ils connaissent ?

Que ne tempèrent-ils pas leurs incitations coupables, à l’exemple du préfet ? 
« Le préfet Frédéric Veau déclinait ainsi brièvement les premières avancées du Plan Sécurité, et se posait en conseiller touristique : "Pratiquez les randonnées en groupe, ne portez pas d’objets de valeur, d’originaux de titres officiels et en cas de mauvaise rencontre, ne résistez-pas."» (1)

Ou en écoutant un haut fonctionnaire de l’Éducation :
« Stéphane Planchand, Directeur de cabinet du Vice-rectorat : "Vous serez aussi confrontés aux barrages ou aux blocages de route". Stéphane Planchand concluait ce tableau peu engageant, mais réaliste, par des recommandations anti agression : "Ne laissez pas votre porte ouverte et ne téléphonez pas dans la rue."» (1)

En proie aux extrémismes, notre pays doit se défendre aussi contre ces prêcheurs de bonnes paroles pourtant responsables sinon appointés par la République, à commencer par le premier ministre prétextant qu’il faut s’habituer et ceux qui veulent taire absolument la gravité de la situation. Comment peut-on d’un côté prolonger l’état d’urgence et de l’autre faire comme si, soi-disant pour ne pas alimenter la psychose ?

(1) http://mayotte.orange.fr/actu/mayotte/seminaire-d-accueil-des-nouveaux.html

lundi 5 septembre 2016

TOUR DE L’ÉTANG DE VENDRES (III) / STURNUS assidus, CICONIA. Et VÉNUS ? / Fleury en Languedoc.

  
Enième pause pour voir les étourneaux (1), par centaines, loin sur des fils électriques, à la limite du plateau. Aux temps rustiques, mais en hiver, des chasseurs, sinon des braconniers, les canardaient la nuit pour les récupérer à l’épuisette (ou des filets étaient-ils utilisés ?). Les oiseaux trempés se revendaient aussitôt dans les villages alentour : Séraphie et Odette en vendaient au tabac. Un trafic en quelque sorte...
« Tu sais, Florian, les chasseurs les tiraient volontiers, du temps où le gibier apportait un plus. La nourriture était chère. Certains y passaient tout le budget. Et il n’y avait pas le choix d’aujourd’hui.


 Et l’étourneau, revenu dans le sud se gave dans les vignes alors que plus au nord, il va sur le crottin et les bouses... je le tiens de Loulou, un copain d’enfance qui avait sa famille dans le Nord, plus précisément dans le Pas-de-Calais. Enfin, les amateurs disaient bien que les raisins donnaient bon goût, comme pour les grives. Ce qui est sûr est qu’entre la saison des nids et l’automne puis l’hivernage, tout change. Quand on en parlait, en Tchéco, chez tes arrière-grands-parents, ils en étaient choqués. En Bohême, l’étourneau est un oiseau du printemps qui nourrit ses petits d’insectes. Les agriculteurs l’apprécient. Tout le monde l’aime. A présent il a envahi les villes où il salit beaucoup, du moins sous les dortoirs. Sinon, l'étourneau chante bien et si tu voyais les nuages mouvants des vols, quand ils sont peut-être des centaines de milliers, ça ressemble aux bancs de poissons qui espèrent dérouter les prédateurs. » 


Deux promeneurs approchent : ils parlent des mûres à propos des trois qui s’égratignent les jambes sur le coteau.
Et c’est alors que dans le ciel, planant depuis le plateau, un oiseau aux grandes ailes se dirige vers l’étang. « Une cigogne ! » Puis deux puis trois, puis cinq, et autant de photos qui se déclenchent. « Ne t’occupe pas du résultat ! regarde plutôt le vol qui arrive ! » 


Elles sont dix, davantage. on ne compte plus.
« Quand passent les cigognes (2) »... aussitôt le titre du film vient à l’esprit. La ronde des saisons marquée par les oiseaux migrateurs s’affranchit des complications néfastes que l’homme se crée. Le film revient sur la vie, la trahison, la mort entre un soldat contre les nazis et sa fiancée à l’arrière qui ne l’attendra pas, une histoire d’amour, de vie qui continue de concert avec la société toujours en mouvement, entre guerre et paix, entre oppression et révolution. Pourtant, à l’échelle cosmique, comme on se sent petit et insignifiant quand les oiseaux nous rappellent l’inéluctable marche du temps. A la fois pour ne pas se laisser étourdir par ce qui nous dépasse et aussi pour essayer de durer dans des cycles naturels que nous avons mis à mal, enchantons nos vies de ce que la nature a de merveilleux plutôt que de toujours croire que l’homme est le nombril du monde. D’où viennent ces oiseaux magnifiques ? Où vont-ils ? Pourquoi partent-ils si la migration est si risquée ?  


« Mon fils, quels pays ont-elles survolé ? Depuis l’Alsace et peut-être plus au nord, en Allemagne, elles ont passé la trouée de Belfort, longé le Jura. Arrêt buffet en Bresse ou dans les Dombes aux nombreux étangs, aux prairies humides où son long bec attrape des grenouilles et bien d’autres animaux dont des nuisibles. Tu comprends pourquoi les hommes les apprécient ! Ensuite, c’est la vallée du Rhône pour quelques unes, celles qui passent par ici parce qu’un grand nombre coupe à travers le Massif Central  vers l’Aquitaine. Toutes se retrouvent en Andalousie et si certaines restent, d’autres suivent la vieille route migratoire si dangereuse tout du long. Gibraltar, le détroit, une vraie barrière. C’est que les cigognes doivent monter, c’est pour ça que tu les vois tourner : elles cherchent des ascendances. Elles montent avec l’air chaud, s’élèvent avec lui avant de partir droit en planant. Et ces ascendances, on ne les trouve pas au-dessus de la mer. Elles n’ont qu’à battre des ailes, tu me diras, sauf que c’est plus facile à dire qu’à faire. Essoufflées, elles volent, le bec ouvert, perdant de l’altitude et si les pulsations cardiaques dépassent la zone rouge, telles un sportif planté, elles tombent et se noient... Quand tu auras mon âge, on dit qu'avec le réchauffement, les oiseaux ne migreront plus. Quand on sait que sept sur dix ne reviennent pas, ce n'est pas plus mal !
Allons ! Bois un coup, mange un morceau qu'il faut lever le camp si nous voulons le voir aujourd'hui, ce temple de Vénus ! » 

(1) l’étourneau sansonnet, Sturnus vulgaris, est un oiseau social (jusqu’à 1 million d’individus), présent partout sauf en Antarctique, capable de migrer sur 1500 kilomètres. Son régime alimentaire est insectivore et frugivore. l’étourneau siffle, gazouille et a des dons d’imitation.
Source et pour plus de précisions :
 https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89tourneau_sansonnet
(2) Летят журавли = elles volent les grues ? film soviétique de Mikhaïl Kalatozov, palme d’or à Cannes en 1958. Pourquoi les traducteurs d’alors ont-ils craint qu’on ricane à l’idée de femmes faciles ou de prostituées faisant le trottoir ? Les grues sont devenues des cigognes. Les dirigeants tant politiques qu’intellectuels ont toujours affecté de grands airs paternalistes et condescendants à l’égard du peuple... Sous d’autres formes, cette propension reste d’actualité...  

photos autorisées commons wikimedia 
1. étourneaux auteur lamiot. 
2. étourneau sansonnet auteur Tusco.
3. nuée d'étourneaux auteur Oronbb.  
4. Cigogne_blanche_ichkeul© aut Elgollimoh. 
5. Cigogne auteur Mucki