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vendredi 12 décembre 2014

FLEURY D'AUDE EN LANGUEDOC / Le dictionnaire de Sabarthès

FLEURY et les mentions concernant la commune dans le Dictionnaire Topographique de l’Aude de Sabarthès :
Fleury, commune du canton de Coursan, église paroissiale dédiée à saint Martin, sénéchaussée de Carcas, Perignanum 1080Perinianum 1212, Perichanum 1221, Pelignanum 1257, castrum de Periniano 1271, Pevinhanum = Perinhanum 1303Pesyhan, Pesyhia 1476 : perignau, Perinhan, Perynhan 1537. En mars 1736, la terre de Pérignan fut érigée en duché-pairie sous le nom de Fleury, sur la tête de jean-Hercule de Rosset de Fleury / Pérignan 1807 / En 1814, le nom de Fleury est de nouveau adopté. 


L’Acquirou ferme / A la Quiro 1495 / l’Aquirou 1773 / La Quirou 1781.
Aiguesclaires lieu dit / Era Clara 1495 (coteau de Liesse)
Arpi anc fief royal
Baurène, anc fief royal Vaurena 1495 (entre les Cayrols et la route de la mer).
la Bâtisse Basse / La Bâtisse Haute
Birroust ferme
Boëde « une meterie appellée Boïde » 1773
Bourdigou bergerie
Bresenda ancien fief royal 1495
La Broutte ferme / Courtal de la Braute 1781 La Broutte XVIII carte Cassini
Les Buadelles ferme au terroir de la Clape / Buadelle 1763 / Lasbugadelles 1781 / Bagadèles cad / Las Bugadelos vulg
Cabibel, ferme.
La Caboujolette, lieu dit, ancien fief royal, « A la Cava Nageleto » 1495.
Canteperdrix, ancien fief 1495.
Le Capel ferme
Carabou, lieu dit, ancien fief royal, Carabot 1495
Le Cardaïre ferme ruinée, 1781
Cascabel ruisseau en limite de Fleury et Narbonne a servi à déssécher l’étang de Fleury (?)(1).
Chicollet ferme
Constantin ferme
Coste-Marie lieu dit1495
Le Courtal-Cremat ferme / Le Courtal-Nau 1781 (2)
Le Cros faubourg
Les Escourgeats cadastre Fleury section C
L’Estorte ancien fief royal 1495
l’Etang-Haut ferme
Etang de Fleury (voir Tarailhan)
Les Exals, anc étang oeil de mer entre la redoute de Saint-Pierre et l’église St-Pierre-de-la-Mer, communes de Narb et Fleu 1329 (3)
La Fontanelle ferme
Fontlaurier anc moulin vent XVIII
Le Fourraillou ancien promontoire Fleury Cap du Fourraillou 1773 Fourrouillou vulg
Gairèzes lieu dit ancien fief royal Salles et Fleury 1322
Gourgousan loc disparue ancien fief du roi, Gorgocianum villa 782
Granier bergerie, Lou courtal de Granier 1773
la Grangette bergerie 1773
Grau de Vendres Fleury mettait en communication l’étang de Fleury avec la mer.
Gui ferme 
L’Île Fleury entre l’ancien et le nouveau lit de l’Aude.
Le Jardin du Duc écart XVIII Jardin de Huc 1781
Landes ferme Fleury 1763
Le Léger ferme Fleury
Maille biau ferme ruinée Malhabiou 1781
Mire-L’Etang ferme Mirelestang 1781
Montbajou lieu dit
Les Montilles ferme
Le Mourel ferme, ruines
Moyau ferme Une meterie... et cazal ditte Mauya 1773
La nécli, ferme Une meterie dite l’Anécly 1773 La Nirly 1781 La Négly 1807 La Nécli cad
Notre Dame de Liesse chapelle rurale votive, ancien monastère de dominicains / « Les Jacobins de Notre Dame de Liesse » 1756 / « Les religieux de N D de Liesse, le couvent de N D de Liesse »  1773 / C’est encore à cet oratoire fondé par Louis de Vervins, près de l’ancien couvent des Dominicains, que s’applique ce document : « Sacellum Beatissimae Virginis de Laetitia » 1620. 


 L’Oeil-Doux, ferme et excavation
L’Oustalet ferme
La Pagèze ferme
Pech-Saint-Martin lieu dit au terroir de la Clape « Al Pos de Sant Marti » 1495
Pech-Ségur lieu dit Al Pos Segur 1495
Périmont ancien cap Cap Périmont 1773
Pissevaches étang desséché estang de Fleury... Pissecaques XVIII (4)
Pistolle ferme
Poujol ferme 1763
Poulombe ancien fief aujourd’hui lieu dit
la Poumayrol ancien fief royal Al Pomayrol 1495
Quarante-Ans ferme
Quinsa localité aujourd’hui disparue lieu dit Villa Quincianus 782
Réveillon ferme
Rivière-Bas / Rivière-Haut ferme
Saint-Bernard, Saint Etienne, Sant estève , lieux dits 1495
Saint Geniès lieu dit Sainct Genîeys 1495, Saint Giniès 1773
Saint-Laurent égl ruinée sur le bord de la mer ; ancien bénéfice uni à la préchantrerie de st-Just de Narb - sainct Laurens de la Mer 1484, sainct Laurès 1495, Saint Laurent 1773, Saint Laurent chapelle 1781
Saint-Louis 2 fermes
Saint-Martial lieudit au terroir de Vendres 1782

Saint-Pierre ferme / Saint-Pierre promontoire, cap de Sant Peyre 1586, Roc de Saint Pierre ou de la Valière 1771, Roc de Saint Pierre 1781
Saint-Pierre anc redoute 1781, station de bains de mer, chapelle 1781, «Al cinny de Sant Peyré 1495/ Eglise de St-Pierre, Hôtel des Bains, Roc de la Batterie, redoute voir Saint-Pierre-de-la-Mer
Saint-Pierre-de-la-Mer ferme ; anc commanderie de l’ordre de Malte « Domus sancti Petrus de Mari 1167 « Domus hospitalis Sancti Petri de Mare » 1179 ; « Sanctus Petrus de Mari» 1276 ; « Bastida seu grangia Sancti Petri de Mari »1305 ; « Preceptor Sancti Petri de Mari » 1305 ; « Domus Sancti Petri de Mari, sita in insula de Lico » 1329 ; « Sainct Pierre de la Mer » 1345 ; « Sant Peire de Mer » 1389-1589 ;  « Commanderie de Sainct Pierre la Mer » 1606 ; « Saint Pierre de Mer » 1781 ; Saint-Pierre cadastre

Saint-Pons lieu dit « Sant Pos »1495 « Saint Pons »  1773
Les Salines ferme, ruines d’une anc saline
La Tour ancien fief royal Fleury « A la Tor » 1495 voir La Tour du comte Pierre : Tour-Du-Comte-Pierre, ancienne tour sur le bord de la mer « Turris Comitis Petri » 1323 « La Tour de Comte Peire » 1389 - 1589 ; « Tour de Comte Peyre » 1763 ; « ruines de Contepaire » 1781
Traoucats ancien fief du roi, lieu dit 1495
Tuffarel, ferme le mas de Tufarel 1773
Valade ferme
Valras ancienne tour « Inter canalem stagni de Perinhano et turrim de Valras » 1495
Grau de Vendres embouchure de l’Aude qui se confond aujourd’hui avec le grau de Valleras ; issue des eaux de l’étang de Vendres limite des départements de l’Aude et de l’Hérault
Vidal ferme
La Vigie anc tour à signaux
Villary ferme disparue « Allayria » 1495 «Vilary, casa ruiné » 1773
Les Vinassanes ferme disparue « Les Vinassanes, cazal découvert 1773 (Courtal crémat XVIII (?)

(1) contrairement aux indications de Sabarthès, le Ruisseau du Cascabel avec celui de la Combe Figuière forment le Ruisseau des Bugadelles avant d’atteindre l’Etang de Pissevaches en tant que Ruisseau de Combe-Levrière (cours temporaires lors d’orages ou de périodes d’aigats) ; il ne saurait aller vers l’Etang de notre ancien terrain de rugby alimenté par les cours tout aussi intermittents venus surtout de la Cresse (96 m) et donnant sur le Ruisseau de la cave Maîtresse. Entre les deux « bassins » (45 mètres pour celui des Bugadelles authentiques, 36 pour le bas du Courtal Crémat) se dresse le col de la Crouzette à 60-67 mètres d’altitude. En vertu de quoi, le draînage de l’étang de Fleury ou de Tarailhan n’a été possible que par l’aqueduc de l’époque préromaine (ligure) qui rejoint la source du Bouquet au village. Ce souterrain suit en gros la côte 30 au-dessus de la mer et les puits les plus profonds (construction et entretien) se situent au lieu dit « Les Traoucats », entre le pech Azam et le moulin de Fleury.  
(2) Courtala catégorie courtal, parc, bergerie.
A Marseille terme injurieux et Mistral se demande si « courtala » signifie bêta en languedocien.
Cortal Panoccitan. org = bercail, bergerie, basse-cour.
(3) comme par hasard de la part d’une commune de Narbonne plutôt accaparatrice, la limite ne suit pas les points les plus bas du vallon, ce qui leur donne l’entière propriété du port par exemple... fan cagar !
(4) historiquement Pissevaches semble former la partie sud de l’étang de Fleury aujourd’hui appelé « la Matte », surtout par les chasseurs qui y entretiennent des gabions pour la chasse à l’eau. 

jeudi 11 décembre 2014

FLEURY en languedoc / ... « Ô moun païs » « E tu, moun vilatge... »

La topographie et surtout celle de Sabarthès qui n’a pas laissé transparaître la moindre faiblesse pour les lieux qui l’ont plus particulièrement connu (Azille son village natal, ensuite Narbonne en tant que vicaire, puis comme curé Grèzes, Cavanac, Leucate, Sigean), n’a que faire des états d’âme. Et moi, alors que je cherche une trame, un filtre pour considérer les entrées singulièrement fournies concernant notre commune, je ne peux m’empêcher de voir notre clocher et la Tour Balayard qui se découpent sur le soir lumineux et froid de décembre. Comme le poudaïre qui rentre, la fumée d’une cheminée dans l’air vif me réchauffe déjà le cœur... Et après les vers de Joachim du Bellay « Quand reverrai-je hélas, de mon petit village...», la voix chaude de Nougaro swingue dans l’atmosphère diaphane « Ô moun païs... » puis, quand Marti le rejoint au micro, je sais que ce n’est pas seulement le Cers glacé qui pique le visage et trouble les yeux... « E tu, moun vilatge, de vinha, d’oliu et de mèl...». Sans rien oublier, qui plus est à l’approche des fêtes et surtout Noël qui sait si bien resserrer les liens familiaux, après Armissan, Coursan, Cuxac, Gruissan, Salles et Vinassan, ajoutons Pérignan et Fleury aux boules et guirlandes de notre pin ! 

Dans le Trésor du Félibrige, pour Mistral, « Perigna » viendrait du bas latin « Perinhacum ». L’auteur précise « Pérignac » ou Fleury, ce qui nous laisse mi-figue mi-raisin... Quand Mistral préconise de voir l’entrée « flourido », la surprise s’ajoute à la curiosité sauf que cette piste n’apporte rien sinon la satisfaction d’être associés à une "fleuraison", une "quantité de plantes en fleur" .
Plus intéressante, la mention du sobriquet de l’ homme de Fleury traité de "sauto-roc", un cavaleur, un coureur... Peut-être remontait-il l’Aude vers Cuxac et Sallèles parce que la médisance régionale prêtait des mœurs légères aux filles de là-bas... Sinon, lou flouristo ou fluristo est bien l’habitant de Fleury... Après ce qui précède, le fait que le féminin ne soit pas mentionné exprime-t-il un réel machisme de la part de nos autochtones ?
Quant à Sabarthès, le sérieux de son étude ne saurait s’écarter en frivolités...

samedi 6 décembre 2014

VINASSAN / Aude, Languedoc : nos voisins


Ceux qui les traitent de pantigues ? Sûrement les reinarts ! Vous savez, les premiers habitants d’Armissan qui, comme les renards habitaient dans des grottes ! Et les pantigues sont ces sauterelles XXL qui dévorent les rameaux nouveaux puis les grappes en fleur des raisins languedociens. En français l’éphippigère, étymologiquement le porte-selle dont une espèce méditerranéenne : Ephippiger cruciger, l’éphippigère de Béziers. Ces bedonnantes qui ne peuvent pas voler font de la musique avec les moignons d’ailes, deux écailles en guise d’archet et de corde vibrante. Imaginez comme elles ont dû faire bombance lorsque la vigne a remplacé le blé. De quoi jouer ensuite du violon, avec les grillons, en attendant le concert des gragnotes, la nuit, dans la plaine.
Est-ce une erreur de voir le village plutôt tourné vers la plaine alors qu’une grande partie du territoire monte vers la garrigue ? Est-ce que la domination indécente de Narbonne dont les limites atteignent les portes de Cuxac, de Coursan, de Vinassan et d’Armissan, de Fleury même puisque, en pleine garrigue, en bas du Courtal Cremat, au ruisseau (plutôt un fossé à sec) de la Cave Maîtresse c’est déjà, c’est encore la limite avec Narbonne ! Fan cagar a la fin, sount pertout et fan pas rès ! Ah s’ils devaient nous rendre des terres comme ils ont dû rendre l’Aude, à force, vers son embouchure naturelle, notre canton ne s’en retrouverait pas coupé en deux ! Pas étonnant que nos pauvres villages en soient à se chamailler pour les quelques arpents qui restent. Encore heureux que les Coursanots et surtout les Vinassanots, rois de la braconne et de la maraude aient su historiquement leur soutirer des piboulades, des anguilles à la pelote et au parapluie et ces asperges géantes bien vertes des bords de canaux ! Bravo les Croquants, macarel !
Dans son Trésor du Félibrige, Mistral ne mentionne que le nom du village ... la fable de la pantigue et du reinart lui a échappé... et Sabarthès n’est guère plus bavard : 

« VINASSAN église dédiée à St-Martin / Fiscum Viniacum 899 / Vinasan 1595 / Binassà (vulg.)... Pas de date postérieure à 1595... et on reste d’autant plus sur notre faim que l’auteur en dit davantage sur Tarailhan et Marmorières 



Busquiers (chemin des) lieu dit terroir de Marmorières 1298 / carrière appellée des Busquiers 1606
La Fabrique écart
Font-de-Lègue lieu dit Vinassan ad fontem vocatum de la Leca 1322
Mader bergerie
Le Pradel anc fief au terroir de la Clape Narb et par extension Armissan et Vinassan 969
Saint-Félix ferme / saint-Martin ferme /

Tarailhan ferme / l'anc chapelle dépendait de la paroisse de Marmorières Ecclesia Sancti Stephani di Taralano 1324 / « la Bastida de Teralhan» 1495 / «Thérailhian 1807 / anc Etang de Tarailhan.

Marmorières Villa Marinorema = Marmoreria infra insula Lici 821
Parachol lieu dit Marmorières Vin 1293Marmorières Villa Marinorema = Marmoreria infra insula Lici 821
Parachol lieu dit Marmorières Vin 1293
Valmerdière lieu dit au terroir de Marmorières 1293  "Vallis Merderia" 1293"Vallis Merdaria" 1324

Etang Salin Vinassan et narbonne, restes du lacus Rubressus, desséché 1585 grâce au canal Ste Marie, salines mentionnées en 844 estang salin ou marais de la Clape 1680. Le canal de l’etang-Salin ou de Ste marie prend à Coursan le trop-plein de la riv Aude, arrose les bases plaines de Coursan (A l’estang 1768), Armissan (Tot lo lonc de l’Estanh 1537), Narb et se jette dans l’étang de campignol au roc de Conilhac (déjà mentionné pour Coursan et Armissan).
Au XVI ème, l’asséchement permit un gain de terres et l’accroissement de la population.


Vinassan n’en demeure pas moins un village attachant qui nous offre encore l’eau de son puits artésien (indispensable pour tremper les légumes secs!). Un clic sur le site très intéressant de la mairie (http://www.vinassan.fr/) permet d’en apprendre sur le peuplement du village, le docteur Montestruc, la glacière, la pompe du curé... peut-être le père Barbe connu pour ses préparations médicinales dont une fameuse potion pour les yeux. Dommage que la belle cave coopérative aujourd’hui disparue (pionnière du vin rosé dans les années 70 !) ne figure point sur la page de la commune...  

photos autorisées :
Cave coopérative de Vinassan crédit photo http://www.laregion-culture.fr/cultureetpatrimoine/cavescoop/cave-distillerie/cooperative-vinicole-vinassan-11

mercredi 3 décembre 2014

LA BAPTISTINO... / Fleury d'Aude en Languedoc


« La Baptistino al peiroun amé soun amourous,
Se passéjavount toutis dous,
se fasion de poutouns... »

Allez donc savoir pourquoi, de bon matin, je chantonnais « la Baptistino...», sur l’air de «Viens poupoule...» en repensant à tous ces perrons, du moins à ces devants de portes aménagés ou non, dont l’entrée des maisons dites "de maître" (1), où nos gens prenaient le frais, occupés surtout à converser... et à petoufiéjer, à "peler" celui ou celle qui venait à passer (lous vestisiont per l’ivern !)(ils les habillaient pour l'hiver !).
Trêve de diversions, à toujours ouvrir des parenthèses, je ne le sais que trop... D’ailleurs, ces dernières semaines, je les cherchais ces chansons plutôt crues ou paillardes, celles que notre bon capitaine lançait dans le car, en bon meneur, en français pour une histoire d’asticots sur le dos d’un macchabée, en languedocien pour les couplets bouffeurs de curé et la femme en chaleur de Richichiou (2). En fredonnant la Baptistino, tout en me demandant comment ils font pour se poutounéjer (s'embrasser) sur le perron tout en se promenant, je me dis au moins qu’il me reste quelque chose. Mieux même parce qu’il n’y a pas plus gentil que notre capitaine, serait-ce pour ses plaisanteries, son rire contagieux, ses moqueries plus qu’amicales puisque marquées par la camaraderie, une jeunesse en partage ! Je repensais, que cet été, je l’ai revu, ce copain des jeunes années, pour le feu d’artifice des Cabanes et j’ai été tellement attrapé que je suis passé pour quelqu’un de distant, presque incorrect en ne saluant que de loin le groupe qui l’accompagnait (pardon les filles...). Et lui, je crois lui avoir seulement et tout bêtement serré la main... comme si cette pudeur imbécile convenait mieux alors qu’un demi-siècle n’a rien effacé de la complicité passée. Mais on ne s’embrasse pas, entre hommes, on ne se laisse pas aller aux effusions. 




L’aigre-doux de la nostalgie ordinaire et des remords passa à l’âpre et à l’amer lorsque, deux mois plus tard, arriva du pays une triste nouvelle, celle du décès soudain du frère né après lui, parti trop tôt, à un âge où tout devrait encore sourire. Un garçon gai, ouvert, qui aimait rire, comme tous, dans leur nichée bien fournie. Je le connaissais plus pour la pétanque, aux beaux jours... Un bon tireur... Je le vois, comme si c’était hier, au ramonétage ou pour le concours de la fête des pêcheurs, préparant son geste, le buste un peu sur le côté, la main droite et la boule à hauteur du visage. 



Pour le frère parti que j’ai croisé aussi, une fois, par trop banalement, comme si cela l’était de voir quelqu’un vivant, de le rencontrer sans trouver ce hasard formidable (3), laissez-moi le serrer fort, mon capitaine du rugby ! Sans rien dire, seulement pour faire front à l’oppression, par instinct seulement, pour l’enfant insouciant qui va vers l’adolescence puis vers l’âge adulte, toujours désinvolte, parce que cette légèreté s’épaissit avec l’âge. Laissez-moi le serrer fort pour tout cela sans rien penser, en se laissant seulement porter par les sensations... C’est indécent d’analyser et trop de mots corrompent le cœur, c’est sûr. Laissez-moi le serrer fort pour ces liens qu’on croirait lâches mais qui restent si forts, à notre insu, entre camarades de jeunesse, parce que nous étions heureux comme la volée de moineaux racoleurs sur le haut mur derrière chez lui, dans une quiétude qui est déjà celle de la campagne, du temps des fleurs en grappes des faux acacias, parce que nous ne savions pas voir non plus la fatalité inéluctable telle celle du canon de la carabine pointé vers les innocents muraillers (4) en habits de fête. 



La vie en suspens et tout autour, exceptés les pépiements effrénés, la solennité des pierres de taille, une rampe de château pour une remise immense, la clé de voûte altière d’un portail imposant, fermé sur la fraîcheur d’une cave mystérieuse et profonde. Ces belles bâtisses nous laissaient d’autant plus une large impression d’opulence pérenne que nous étions chez le gros propriétaire qui logeait ses ouvriers. C’est vrai que tout est plus grand pour des enfants qui ne réalisent même pas que le gros propriétaire n’est qu’un petit homme, plus petit encore sans son chapeau, plus mince sans les épaulettes de sa veste de gentleman-farmer, épais de la simple mention "Monsieur" que les manants ont collé, par tradition et non sans duplicité, devant son nom...


Les adultes issus des enfants de jadis continuent de sautiller et de chanter des chansons bêtes. S'ils n’ont même pas remarqué que les petits moineaux se font rares, comme eux, sans voir la mort qui les emporte un à un, ils entonnent néanmoins « La Baptistino al peiroun... d'un monde beau et insouciant de la seconde fatale qui finira bien par arriver. 

(1) suite à l'explosion des cours dus aux crises de l'oïdium vers 1850 puis du phylloxéra dans les années 1870.
(2) http://www.limoux-aude.com/chansons-traditionelles/ritchichiu
(3) alors que de quatorze à vingt-cinq ans en gros, nous appartenions à ce même groupe d’âge appelé la « jeunesse ». Que reste-t-il aujourd’hui, à l’heure de l’individualisme forcené, de cette cohésion générationnelle passée ?
(4) nom donné dans le Sud au moineau qui niche surtout dans les trous des murs. 



photos autorisées : merci wikipédia et commons wikimedia.